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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402598

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402598

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEFEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. B A, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer, à titre principal, un certificat de résidence de dix ans, ou, à titre subsidiaire, un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur temporaire " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé dès lors que le préfet ne mentionne aucun des critères de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article

L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard de l'article 7bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et de l'article

L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de titre de séjour est également entaché d'erreur de fait, le préfet n'ayant pas pris en considération sa qualité de résident au sein de la communauté Emmaüs depuis huit ans et le certificat de résidence algérien portant la mention " travailleur temporaire " ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français n'est, pour le préfet, qu'une faculté et non une obligation en cas de refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité entachant la décision de refus de titre de séjour ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision prescrivant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant s'agissant d'un ressortissant algérien et que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 août 2024 à 12 heures.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lapaquette, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 7 juillet 1992, soutient être entré sur le territoire français le 6 décembre 2016. L'intéressé s'est vu délivrer le 10 janvier 2023 un certificat de résidence algérien portant la mention " travailleur temporaire " valable du 9 décembre 2022 au 8 décembre 2023 dont il a sollicité le renouvellement le 3 décembre 2023. Par un arrêté du 16 avril 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour similaires, le préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance, en usant à cette fin du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

3. Il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que M. A ne peut utilement soutenir que le préfet de l'Aisne n'aurait pas motivé sa décision de refus de titre de séjour ni examiné sa situation au regard de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni enfin que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de ces dispositions.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la requête, que M. A a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " travailleur temporaire " mais n'a pas demandé au préfet de l'Aisne la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement de l'article 7bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le requérant ne peut, par suite, utilement soutenir que le préfet de l'Aisne aurait entaché sa décision de refus de titre de séjour d'un défaut d'examen de sa situation au regard de ces stipulations.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de l'Aisne a relevé qu'il a été accueilli au sein de la communauté Emmaüs de Rozières-sur-Crise, organisme d'accueil communautaire et d'activités solidaires, depuis le 28 mars 2017, qu'il a géré le site de vente en ligne de la communauté et a pris part à l'activité de la cuisine de celle-ci, qu'il avait pour projet professionnel de trouver un emploi dans le domaine de la pâtisserie et s'était ainsi vu, au regard de ces circonstances, délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " travailleur temporaire " valable du 9 décembre 2022 au 8 décembre 2023. Si les responsables de cette communauté attestent, à l'appui de la demande de renouvellement du titre de séjour de l'intéressé, du caractère réel et sérieux de son activité, M. A, par les éléments qu'il produit à la date de la décision attaquée, n'établit pas qu'il disposerait de perspectives sérieuses d'intégration en dehors de cette structure, en l'absence de promesse d'embauche en qualité de pâtissier et de justification de l'accomplissement de démarches visant à concrétiser son projet professionnel. Il est en outre hébergé par l'association Emmaüs, son intégration demeurant ainsi limitée à la structure associative qui l'accompagne. Par ailleurs, le requérant, âgé de 31 ans à la date de la décision attaquée, ne dispose pas sur le territoire français d'autres attaches familiales que son frère, dont il est constant qu'il y séjourne irrégulièrement, alors que sa mère et sa sœur résident toujours dans son pays d'origine qu'il n'a quitté qu'à l'âge de 24 ans. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne aurait entaché la décision de refus de titre de séjour attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

6. En quatrième lieu, dès lors qu'il résulte de tout ce qui précède que le refus de titre de séjour opposé à M. A n'est pas illégal, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, à supposer qu'en soutenant que l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français en cas de refus de titre de séjour n'est qu'une faculté pour le préfet, le requérant ait entendu se prévaloir d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une telle décision sur sa situation personnelle, un tel moyen ne peut, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, qu'être écarté.

8. En sixième lieu, en relevant que M. A n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et en faisant état d'éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé pour apprécier la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, le préfet de l'Aisne a suffisamment motivé la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut, par suite, qu'être écarté comme manquant en fait.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Lapaquette

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2402598

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