vendredi 22 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402639 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2024, M. et Mme B demandent au tribunal :
1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour, obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans à M. B, ainsi que l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme B, obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans à Mme B ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer leur situation, sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Ils soutiennent que :
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles ont été prises en violation des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
S'agissant des décisions fixant le pays de renvoi :
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile.
S'agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :
- elles ont été prises en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles ont été prises en violation des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête étant dirigée contre deux actes distincts concernant la situation de deux personnes différentes, elle est irrecevable et que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Par une décision du 9 octobre 2024 le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée le 29 juin 2024 par M. et Mme B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fass, conseillère ;
- et les observations de Me Chartrelle, avocate désignée d'office représentant les requérants, et de M. B, assisté de Mme E, interprète en langue turque, qui concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant en outre que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation, que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, tous deux ressortissants turcs, nés respectivement le 10 mars 1987 et le 21 février 1997, déclarent être entrés sur le territoire le 24 février 2023. Ils ont présenté une demande d'asile le 14 avril 2023. Leurs demandes ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 13 décembre 2023, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 2 mai 2024. Par deux arrêtés du 24 mai 2024, le préfet de l'Aisne a rejeté leur demande de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixé le pays de destination et leur a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'insuffisance de motivation des décisions portant refus de titre de séjour :
2. Chacun des arrêtés attaqués vise les dispositions législatives et règlementaires dont il fait application et indique les circonstances de fait et de droit sur lesquelles la décision de refus de titre de séjour se fonde, notamment la circonstance que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté la demande d'asile des requérants et qu'ils ne disposent plus d'aucun droit au séjour en France. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé doit être écarté.
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. et Mme B soutiennent qu'ils vivent avec leurs deux enfants, depuis 2023, en France et que M. B dispose d'une promesse d'embauche pour être employé en qualité de cuisinier. Toutefois, la seule circonstance que M. B détienne une promesse d'embauche ne peut suffire à établir l'intensité de liens sur le territoire, dont les requérants ne se prévalent d'ailleurs pas. Il n'est pas établi que M. et Mme B ne pourraient pas retourner avec toute leur famille en Turquie pays dans lequel ils ont, respectivement vécu au moins jusqu'à l'âge de 36 et 26 ans et où ils n'allèguent pas être dépourvu d'attaches familiales. Dans ces conditions, le préfet de l'Aisne n'a pas porté aux droits de M. et Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en prenant les arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Les requérants se bornent à faire état du fait qu'ils ont deux enfants mineurs, dont l'un est scolarisé en France. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que leurs enfants, nés en 2019 et 2023, ne pourraient pas suivre leurs parents en Turquie et y être scolarisés. Dans ces conditions, eu égard à l'entrée récente de M. et Mme B en France, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant rappelées au point précédent doit être écarté.
S'agissant des décisions fixant le pays de renvoi :
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions abrogées de l'article L. 513-2 de ce code invoquées dans la requête : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
8. Si les requérants soutiennent qu'ils seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi en Turquie en raison de leur religion, ils ne produisent aucune pièce pour établir la réalité de cette allégation et ne justifient pas d'un risque personnel en cas de retour, alors, d'ailleurs, que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté leurs demandes d'asile ainsi qu'il a été dit précédemment. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
S'agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 à 6 du présent jugement, les moyens tirés de la disproportion de ces décisions et de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. et Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme D F, à Me Chartrelle et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Binand, président,
Mme C et Mme Fass, conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
L. FASS
Le président,
Signé
C. BINAND Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026