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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402649

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402649

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance n° 2401561 du 2 juillet 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a transmis au tribunal administratif d'Amiens, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 1er juillet 2024 présentée pour M. A D, représenté par Me Nouvian.

Par cette requête et un mémoire enregistrés au greffe du tribunal administratif d'Amiens les 2 et 3 juillet 2024 sous le n° 2402668, M. D, représenté par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Arménie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne, à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de

quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Le préfet de la Marne a produit des pièces le 2 juillet 2024.

M. D a présenté une demande d'aide juridictionnelle.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 1er et 3 juillet 2024 sous le n° 2402649, M. A D, représenté par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile au n° 172 avenue Marcel Dassaut à Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la préfète de l'Oise n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été destinataire du formulaire d'information mentionné à l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée, en ce qu'elle l'assigne dans un lieu d'hébergement situé à Beauvais pris en charge par COALLIA et l'oblige à se présenter trois par semaine au commissariat, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale et des garanties de représentation réelles et effectives dont il dispose.

La préfète de l'Oise a produit des pièces le 2 juillet 2024.

M. D a présenté une demande d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans ses dispositions applicables de la date d'intervention de la décision attaquée ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5,

L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D ressortissant arménien né le 6 septembre 1992, est entré sur le territoire français régulièrement le 8 septembre 2021 selon ses déclarations. Par les requêtes n° 2402668 et 2402649, M. D demande respectivement l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Arménie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, d'autre part, de l'arrêté du même jour par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile au n° 172 avenue Marcel Dassaut à Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2402668 et 2402649 ont été introduites par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Amiens au titre de la requête enregistrée sous le n° 2402649. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire en ce qui concerne cette requête. En revanche, au titre de la requête enregistrée sous le n° 2402668, M. D a sollicité l'aide juridictionnelle et à la date du présent jugement il n'a pas encore été statué sur cette demande. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire au titre de la requête enregistrée sous le n° 2402668.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (). Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article

L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, l'arrêté en litige vise et mentionne les textes dont il fait application, notamment le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs le préfet de Marne, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger faisant l'objet notamment d'une obligation de quitter le territoire français, précise en particulier que l'intéressé se maintient depuis son arrivée sur le territoire français en situation irrégulière et que sa situation entre dans le champ d'application des dispositions prévues au 2° de l'article L. 611-1 du code précité. Par suite, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Par ailleurs, aux termes du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. En l'espèce, M. D soutient que, depuis son arrivée en France en 2021, il a reconstruit une nouvelle vie avec sa conjointe et leur fille de neuf ans scolarisée depuis trois ans et occupe un emploi d'ouvrier sous contrat à durée indéterminée depuis le 19 février 2024. Cependant, le requérant est entré très récemment sur le territoire français en 2021, à l'âge de

29 ans, et outre sa conjointe Mme E de même nationalité que lui et leur fille C née en 2014, il ne justifie pas d'autres attaches familiales proches sur le territoire français ni être dépourvu de telles attaches en Arménie. En outre, nonobstant la circonstance que sa fille est scolarisée à l'école élémentaire publique Albert Camus à Beauvais en classe de cour élémentaire 2ème année, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne pourrait pas mener une vie de famille avec sa conjointe et leur fille ni exercer une activité professionnelle en Arménie. La circonstance qu'il travaillerait comme ouvrier en France sous contrat à durée indéterminée n'est pas de nature à elle seule à justifier d'une intégration suffisamment ancienne, intense et stable dans la société française. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Marne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en prenant la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Pour les mêmes raisons, cette décision ne méconnait pas davantage les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de la décision attaquée que celle-ci cite les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que

M. D, arrivé sur le territoire français le 8 septembre 2021, ne peut justifier d'un ancrage significatif en France dans la mesure où il se maintient en situation irrégulière depuis le rejet de sa demande de séjour au titre de l'asile en 2022, qu'il se déclare marié avec un enfant à charge sans en apporter la preuve, qu'il n'a pas d'autorisation de travail lui permettant de subvenir dignement à ses besoins élémentaires, qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, et bien qu'il ne cause aucun trouble à l'ordre public majeur, il est justifié que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour pour une durée de 12 mois. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée en fait et en droit et le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Les moyens doivent ainsi être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Arménie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

14. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. F B, sous-préfet de l'arrondissement de Compiègne, lequel disposait pour ce faire, dans le cadre des permanences des membres du corps préfectoral, d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 30 octobre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

16. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci mentionne les considérations de droit, en l'occurrence l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les considérations de fait, notamment la circonstance que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 29 juin 2024, que sa reconduite à la frontière ne peut intervenir immédiatement pour des raisons matérielles mais que son départ demeure toutefois, eu égard à sa situation personnelle, une perspective raisonnable. Par suite, la décision portant assignation à résidence est suffisamment motivée, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

17. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. D, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Le moyen doit ainsi être écarté.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 de ce code : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

19. Les dispositions précitées imposent, notamment, que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de l'assigné à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence d'information telle que prévue par cet article est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Pour le même motif,

M. D ne peut utilement faire valoir que le formulaire prévu par l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui a pas été remis ou qu'il n'aurait pas été assisté d'une personne de son choix.

20. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces moyens ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent ainsi être écartés.

21. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

22. En dernier lieu, le requérant soutient que la décision attaquée, en ce qu'elle l'assigne dans un lieu d'hébergement situé à Beauvais pris en charge par COALLIA et l'oblige à se présenter trois par semaine au commissariat, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale et des garanties de représentation réelles et effectives dont il dispose. Toutefois, la seule circonstance que M. D justifie d'une adresse de domiciliation stable à Beauvais depuis le 20 octobre 2022 et qu'il s'occupe de sa fille mineure, alors par ailleurs qu'il n'explicite pas dans quelle mesure il se trouverait dans l'impossibilité de respecter les modalités d'exécution de la mesure d'assignation dont il fait l'objet, n'est pas de nature à établir que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision attaquée. Le moyen doit ainsi être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile au n° 172 avenue Marcel Dassaut à Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. D tendant à être admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre de la requête enregistrée sous le

n° 2402649.

Article 2 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire au titre de la requête enregistrée sous le n° 2402668.

Article 3 : Le surplus des requêtes n° 2402649 et 2402668 présentées par M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Nouvian et à la préfète de l'Oise.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Wavelet

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2402649 et 2402668

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