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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402653

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402653

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELURL GARCIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2408102 du 26 juin 2024, la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif d'Amiens, en application des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 10 avril 2024 présentée pour M. A B, représenté par Me Garcia.

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Amiens le 1er juillet 2024 sous le n° 2402653, M. B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile sur la commune de Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a été prise le 6 avril 2024 concomitamment à une décision de placement en rétention administrative ;

- la décision attaquée méconnait l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle l'assigne à Beauvais sans davantage de précision quant au périmètre de l'assignation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions combinées des articles L. 732-1 et

L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la seule circonstance qu'une personne fasse l'objet d'une mesure d'éloignement et ne puisse quitter immédiatement le territoire français ne saurait justifier à elle seule une assignation à résidence ;

- la décision attaquée est illégale en ce qu'elle est fondée sur l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui-même illégal au regard de l'article

L. 732-1 du même code ;

- la décision attaquée, en ce qu'elle l'oblige à pointer au commissariat tous les jeudis dans un département où il ne réside pas, porte atteinte à sa liberté d'aller et de venir ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de toute garantie de représentation effective ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de l'arrêté attaqué ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5,

L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 6 avril 1992, fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai pris le 22 juin 2023. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile sur la commune de Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci mentionne les considérations de droit, en l'occurrence l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les considérations de fait, notamment la circonstance que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 22 juin 2023, que sa reconduite à la frontière ne peut intervenir immédiatement pour des raisons matérielles mais que son départ demeure toutefois une perspective raisonnable. Par suite, la décision portant assignation à résidence est suffisamment motivée, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle a été prise le 6 avril 2024 concomitamment à une décision de placement en rétention administrative, il ressort toutefois de la décision attaquée qu'elle a été prise le 8 avril 2024. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

6. Si le requérant soutient que la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais sans davantage de précision quant au périmètre de l'assignation, il ressort toutefois de la décision attaquée qu'elle indique que l'intéressé " est assigné à résidence à son domicile sur la commune de Beauvais " ce qui implique nécessairement que le périmètre de l'assignation est fixé sur le territoire de cette commune. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit ainsi être écarté.

7. En quatrième lieu, pour contester les motifs de la décision attaquée, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 732-1 et

L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives respectivement à la motivation des assignations à résidence et aux règles applicables aux assignations prises en vue de l'exécution d'une décision de transfert.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : () 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".

9. Le requérant soutient que la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions, prises pour l'application de l'article L. 731-1 du même code, ne portent toutefois pas à la liberté de circulation des personnes en situation irrégulière sur le territoire et n'ayant pas vocation à y demeurer une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels le législateur a déterminé les cas dans lesquels l'autorité administrative pouvait assigner à résidence, pour une durée limitée à quarante-cinq jours renouvelable deux fois, un étranger dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable. Il y a lieu, par conséquent, d'écarter le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, qui n'assortit ce moyen d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier utilement le bien-fondé, l'arrêté attaqué, en prévoyant qu'il doit se présenter trois fois par semaine les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Beauvais, dans sa commune de résidence, ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir.

11. En septième lieu, en se bornant à invoquer l'absence de toute garantie de représentation effective, le requérant n'établit pas que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen doit ainsi être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

8 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise a assigné M. B à résidence à son domicile sur la commune de Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Wavelet

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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