vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402696 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DONGMO GUIMFAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, M. B A, représenté par
Me Dongmo-Guimfak, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la commission de médiation de la Somme a implicitement rejeté son recours amiable du 1er février 2024 en vue d'une offre de logement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de mettre à sa disposition un logement décent, conforme au décret n°2002-120 du 30 janvier 2002, à compter de la présente ordonnance ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a été expulsé de son logement le 28 juin 2024 avec le concours de la force publique ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au logement dès lors que la décision du juge des contentieux de la protection du 6 novembre 2023 prononçant son expulsion et fondant l'octroi du concours de la force publique à cet effet par le préfet de la Somme est entachée de nullité du fait de la mention erronée des voies de recours contre celle-ci lors de sa signification le 5 janvier 2024 par voie de commissaire de justice.
Par un mémoire, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté dès lors, d'une part, qu'une décision expresse de rejet de son recours amiable du 1er février 2024 est intervenue le 4 avril suivant et lui a été notifiée et, d'autre part, qu'à supposer même qu'une décision implicite de rejet soit née du silence gardé sur son recours amiable, celle-ci est contestée après l'expiration du délai de recours contentieux ;
- le moyen tiré de l'irrégularité de la signification du jugement judiciaire ne peut être utilement invoqué à l'appui de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la situation dans laquelle se trouve M. A résulte de son inaction ;
- il n'est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au logement dès lors que la décision de la commission est légale tant sur la forme que sur le fond.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Lapaquette, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé citées notamment à l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Par lettre du 4 juillet 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article
R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir est susceptible d'être fondée sur l'incompétence du juge administratif pour connaître d'un moyen mettant en cause la régularité d'un jugement du juge judiciaire.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lapaquette, juge des référés,
- les observations orales de Me Dongmo-Guimfak, représentant M. A, qui fait valoir que le moyen soulevé ne vise pas à contester le bien-fondé du jugement du juge judiciaire mais seulement la régularité de sa signification, que cette dernière étant irrégulière, tant la décision de la commission de médiation que celle du préfet accordant le concours de la force publique fondées sur ce jugement sont illégales et que la requête n'est pas tardive dès lors que la décision du 4 avril 2024 de la commission de médiation de la Somme ne lui a jamais été notifiée,
- et les observations orales de M. A qui fait valoir qu'il a fait des demandes de logement antérieurement à la saisine de la commission de médiation qui n'ont reçu aucune suite favorable et qu'il réside actuellement dans une auberge de jeunesse à Amiens.
Le préfet de la Somme n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. Il résulte de l'instruction que, par jugement du 6 novembre 2023, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire d'Amiens, a, d'une part, ordonné à M. A de quitter le logement occupé à Longueau et appartenant à cette commune dès signification dudit jugement et, d'autre part, autorisé cette dernière à faire procéder à l'expulsion de l'intéressé avec, en tant que de besoin, le concours de la force publique à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification d'un commandement de quitter les lieux. Pour soutenir qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au logement, le requérant se prévaut de ce que, en l'absence de signification régulière du jugement précité, la commission de médiation de la Somme ne pouvait légalement rejeter sa demande de logement du 1er février 2024 et le préfet de la Somme ne pouvait, sans entacher sa décision d'illégalité, octroyer le concours de la force publique lors de son expulsion du 28 juin 2024. Il ne ressortit toutefois pas à la compétence du juge administratif de connaître d'un tel moyen qui tend à contester la régularité de la signification d'un jugement du juge judiciaire. Les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par M. A ne peuvent, par suite, qu'être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence ni la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Somme. Les conclusions présentées par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être également rejetées. Les conclusions de la requête étant en outre manifestement dénuées de fondement au sens et pour l'application de l'article 7 de cette même loi, il n'y a pas lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Dongmo-Guimfak et au préfet de la Somme.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Décision du 5 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
A. LAPAQUETTE
La greffière,
signé
S. CHATELLAIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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