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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402697

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402697

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402697
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Gonidec, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour formée le 20 février 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail dans un délai de 24 heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois semaines à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la détérioration très rapide de l'état de santé de sa compagne, Mme A, qui est hospitalisée en soins palliatifs, requiert de mettre un terme à très bref délai à sa situation de précarité administrative ; que sa présence aux côtés de sa compagne revêt un caractère indispensable ainsi que le souligne le personnel hospitalier ; que le refus de titre de séjour le place dans une situation de grande vulnérabilité, dès lors qu'il risque d'être éloigné, qu'il est dans " l'impossibilité de franchir les frontières et de solliciter l'aide de leur famille ", et qu'il est dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle pour subvenir aux besoins du foyer ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté dès lors qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête n°2400870 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

3. Pour demander au juge des référés de suspendre la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de faire droit à la demande d'admission exceptionnelle au séjour sollicitée par M. B le 20 février 2024, l'intéressé soutient que l'urgence est constituée dès lors que la détérioration très rapide de l'état de santé de sa compagne, Mme A, qui est hospitalisée en soins palliatifs à la suite d'un cancer, et dont l'état de santé requiert sa présence quotidienne, justifie qu'il soit remédié à bref délai à sa situation de précarité administrative et financière.

4. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant marocain né le 28 septembre 1997 a suivi des études en Espagne sous le couvert de titres de séjour délivrés par les autorités de ce pays, dont le dernier pour l'année universitaire 2020/2021, avant de s'installer en France au début de l'année 2021, selon les pièces qu'il produit, avec Mme A, ressortissante chinoise, qui est admise au séjour en France en qualité d'étudiante jusqu'au 25 janvier 2025 et avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité. M. B a déposé le 20 février 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été implicitement rejetée.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du dernier document médical en date du 3 juillet 2024 produit au dossier, que Mme A souffre d'un cancer des os et est actuellement hospitalisée, après avoir suivi des cures de chimiothérapie, en soins palliatifs, et que la présence à ses côtés de son compagnon, alors que la famille de Mme A réside en Chine, revêt un caractère indispensable. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, que M. B, en l'absence de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour, ne pourra continuer d'assister et de soutenir sa compagne comme il le fait depuis le diagnostic de cette pathologie en 2022. En particulier, la circonstance que M. B, faute d'être en mesure de justifier d'un droit au séjour, est susceptible de faire l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français à tout moment, n'est pas de nature à caractériser à elle seule une situation d'urgence, compte tenu du caractère suspensif du recours contentieux qui serait ouvert à l'encontre d'une telle mesure d'éloignement. En outre, M. B ne peut davantage faire valoir la nécessité de remédier à court terme à la précarité de sa situation financière en exerçant une activité professionnelle, dès lors qu'il ne produit, en tout état de cause, aucune promesse d'embauche. Si le requérant fait également valoir qu'il se trouve dans l'impossibilité de " franchir les frontières ", il ne précise pas en quoi cette circonstance est de nature à créer une situation d'urgence alors qu'il allègue que sa présence quotidienne aux côtés de sa compagne hospitalisée est indispensable. Le requérant n'établit pas davantage en quoi il ne serait pas en mesure de solliciter l'aide de sa famille ou de la famille de sa compagne pour les accompagner. Enfin, en l'état de l'instruction, la situation de précarité administrative et financière invoquée est essentiellement imputable à M. B qui n'établit ni même n'allègue avoir entrepris de démarches tendant à la régularisation de son séjour avant le 20 février 2024, soit trois ans après son entrée en France et donc au-delà du délai qui lui était imparti pour ce faire par les dispositions de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors applicables. Dans ces conditions, M. B n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte de tout qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si l'un au moins des moyens soulevés est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux, que la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie. Il y a lieu, par suite, de rejeter la requête de M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 9 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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