jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402713 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, M. A C B, représenté par Me Dongmo Guimfak, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'annuler la décision du 13 juin 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a interdit de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, pour versement à son avocat, une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision interdisant M. B de retour sur le territoire français sont dirigées contre une décision inexistante ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 août 2024 à 12 heures.
M. B a produit des pièces le 18 septembre 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- et les observations de Me Dongmo Guimfak, assistant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant angolais né le 28 décembre 1986, déclare être entré sur le territoire français le 8 janvier 2004. Le 22 mai 2023, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 juin 2024, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français dont il aurait été l'objet.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision interdisant M. B de retour sur le territoire français :
2. L'arrêté attaqué n'interdit pas M. B de retour sur le territoire français contrairement à ce qui est soutenu par ce dernier. Dans ces conditions, les conclusions du requérant dirigées à l'encontre d'une telle décision, matériellement inexistante, sont irrecevables.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".
4. Il n'est pas contesté que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans son avis du 28 novembre 2023, a considéré que M. B pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Par ailleurs, en se bornant à produire un extrait d'un site Internet relatif aux services de santé angolais, M. B n'établit pas le contraire. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en prenant l'arrêté attaqué.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. B soutient résider en France depuis le 8 janvier 2004 et établit avoir bénéficié d'un titre de séjour de mars 2014 à juin 2023, il n'établit pas la continuité de son séjour de 2004 à 2014 alors qu'il a fait l'objet d'une interdiction de territoire français de trois ans le 1er mars 2005. Par ailleurs, M. B est célibataire et sans enfant et n'établit ni disposer d'attache particulière sur le territoire français ni ne plus en avoir dans son pays d'origine. De plus, si M. B a entamé une formation en avril 2014 dans le domaine de la préparation de commande et produit une promesse d'embauche postérieure à la date de l'arrêté attaqué, il n'a exercé d'activité professionnelle que sous la forme de missions d'intérim, en tant que maçon et opérateur plomb, de septembre 2019 à mai 2023. Enfin, M. B a fait l'objet de quatre condamnations pénales depuis 2005, notamment à des peines d'emprisonnement pour des faits de contrebande de stupéfiants commis en février 2005 et de blessures involontaires, conduite sans assurance ni permis et délit de fuite commis en mars 2019. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. B n'établit pas qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, et notamment la décision fixant le pays de renvoi, ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent.
9. Il résulte de ce qui précède que conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, ainsi que, par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Dongmo Guimfak et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lebdiri, président,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
Le président,
Signé
S. Lebdiri
La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2402713
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