jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402736 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Lefèvre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors que le préfet n'a pas examiné son droit au séjour sur le fondement de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que cette circonstance l'a empêché d'être dispensé de produire un visa de long séjour ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru tenu de la prendre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024 à 12 heures.
M. B a produit un mémoire le 2 octobre 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Richard, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 14 novembre 1990, déclare être entré sur le territoire français le 15 juin 2020. Le 3 avril 2024, il a demandé au préfet de l'Aisne la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'un ressortissant français. Par un arrêté du 25 avril 2024, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, le préfet de l'Aisne n'était pas tenu d'examiner d'office le droit au séjour de M. B au regard des stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ou des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de M. B était fondée sur sa qualité de conjoint de français et non sur les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ou des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet de l'Aisne n'a pas statué d'office sur le fondement de ces dernières stipulations et dispositions. Dès lors, M. B ne saurait utilement se prévaloir de leur méconnaissance à l'encontre de l'arrêté attaqué.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B ne déclare résider en France, où il dispose de quatre frères dont un au moins est en situation régulière, que depuis le 15 juin 2020. Par ailleurs, s'il est marié à une ressortissante française dont il soutient s'occuper des deux enfants mineurs d'unions précédentes, son mariage, célébré le 20 juin 2024, est très récent et la vie commune du couple n'est établie qu'à compter de courant 2023. En outre, M. B n'établit pas ne plus disposer d'attache dans son pays d'origine où résident sa mère ainsi qu'une partie de sa fratrie. Enfin, l'intéressé, qui maîtrise mal le français, n'exerce aucune activité professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Aisne n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas illégale à raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.
9. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne se soit cru tenu d'édicter la décision obligeant M. B à quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, ainsi que, par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lefèvre et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lebdiri, président,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
Le président,
Signé
S. Lebdiri
La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2402736
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