jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402777 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CSR - JURISCONTRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, la SAS Guis'Enrobés, représentée par Me Robert, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté IC/2024/068 du 11 juin 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a mise en demeure de régulariser sa situation en déposant un dossier de demande d'enregistrement pour une centrale d'enrobage au bitume de matériaux routiers ou de cesser définitivement son activité dans un délai de trois mois et a décidé de suspendre l'exploitation de l'installation classée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'arrêt de l'activité de la centrale de Guise entraîne nécessairement des conséquences financières graves pouvant conduire à un état de cessation de paiement de la société compte tenu de son endettement et de l'impossibilité dans laquelle elle se trouvera de faire face au passif exigible ; un arrêt d'exploitation engendrera également une perte d'exploitation du fait du temps de chauffe nécessaire à la reprise de l'activité ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
. il n'existe pas de séparation fonctionnelle au sein de l'autorité administrative chargée du contrôle de l'installation classée entre la DREAL et le préfet de l'Aisne ;
. la société respecte strictement le protection de l'environnement conformément aux dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-1 du code l'environnement et des dispositions de l'article 6.1 de l'arrêté ministériel du 9 avril 2019 ;
. l'installation classée est parfaitement conforme aux prescriptions règlementaires ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2402650, enregistrée le 28 juin 2024, par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du code précité : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. La SAS Guis'Enrobés exploite une centrale d'enrobage au bitume de matériaux routiers dans la commune de Guise. Par jugement du 27 mai 2024, le tribunal administratif d'Amiens a jugé que les manquements graves et répétés constatés par l'inspection des installations classées et notamment ceux qui ont motivé la mise en demeure du 13 février 2023 démontrent l'insuffisance des capacités techniques de la société requérante à protéger les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement. Il a en conséquence prononcé l'annulation de l'arrêté préfectoral d'enregistrement n° IC/2022/003 du 12 janvier 2022. En application de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Aisne a, d'une part, mis en demeure la SAS Guis'Enrobés de régulariser sa situation en déposant une nouvelle demande d'enregistrement dans le délai de trois mois ou de cesser son exploitation et d'autre part, ordonné la suspension de l'exploitation de l'installation.
3. A l'appui de sa demande de suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué, la société requérante soutient en premier lieu qu'il n'existe pas de séparation fonctionnelle au sein de l'autorité administrative chargée du contrôle de l'installation classée entre la DREAL et le préfet de l'Aisne. Ce moyen n'est fondé sur aucun argument de droit. Elle soutient en deuxième lieu que la société respecte strictement la protection de l'environnement conformément aux dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-1 du code de l'environnement et des dispositions de l'article 6.1 de l'arrêté ministériel du 9 avril 2019. Or ce moyen est directement contraire à ce qu'a jugé le tribunal administratif d'Amiens dans sa décision n° 2201588 du 27 mai 2024 (point 8) qui conclut que les faits constatés par l'inspection des installations classées " établissent, après la mise en service de l'installation, l'insuffisance des capacités techniques de l'exploitant, en particulier en ce qui concerne l'exigence de conformité des rejets atmosphériques, et démontrent ainsi l'insuffisance de ses capacités à protéger les intérêts mentionnés à l'article L.511-1 du code de l'environnement ". Enfin, elle soutient en dernier lieu que l'installation classée est parfaitement conforme aux prescriptions règlementaires. Toutefois, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de la contraindre à effectuer des travaux de mise en conformité mais de lui demander, en exécution du jugement du tribunal administratif, de procéder à une nouvelle demande d'enregistrement, l'arrêté initial ayant été annulé pour un motif lié à son incapacité technique à assurer une exploitation conforme aux règles en la matière. Le moyen est inopérant. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SAS Guis'Enrobés est manifestement mal fondée et doit être rejetée dans toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SAS Guis'Enrobés est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Guis'Enrobés.
Fait à Amiens, le 11 juillet 2024
Le juge des référés,
Signé :
B. Boutou
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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