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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402794

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402794

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. D B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, pour versement à son avocat, une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est illégal dès lors qu'il ne mentionne pas le droit dont il disposait d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix, en méconnaissance des dispositions de l'alinéa 3 de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, en l'absence de saisine, dans les délais prescrits, des autorités italiennes quant à l'éventualité de son transfert et de réponse positive de sa prise en charge par ces dernières ;

- le préfet du Nord a méconnu le 2 de l'article 3 et l'article 17 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et commis une erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de son pouvoir discrétionnaire pour l'autoriser à déposer sa demande d'asile en France ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui a produit des pièces enregistrées le 11 juillet 2024, mais n'a pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Richard pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert, assorties ou non d'une décision de placement en rétention ou d'assignation à résidence.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard, magistrat désigné.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant soudanais né le 9 décembre 1999, a présenté une demande d'asile à la préfecture de l'Oise le 8 mars 2024. Lors de l'enregistrement de cette demande, la consultation de l'unité " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient été enregistrées le 20 janvier 2024 par les autorités italiennes. Saisies le 22 mars 2024 sur le fondement de l'article 13.1 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, les autorités italiennes, ont accepté, le 27 mars 2024, la prise en charge de M. B. Par un arrêté du 26 juin 2024, le préfet du Nord a décidé la remise de l'intéressé aux autorités italiennes. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 mai 2024, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E A, adjointe au chef du bureau de l'asile, à l'effet de signer, notamment, les décisions de transfert prises en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen d'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le règlement n° 604/2013. Par ailleurs, cet arrêté précise les éléments de la situation personnelle et familiale de M. B que le préfet a pris en considération ainsi que la circonstance que les autorités italiennes ont été saisies le 22 mars 2024 et ont accepté le 27 mars 2024 la prise en charge de M. B. L'arrêté attaqué comporte donc les éléments de fait et droit qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. (). Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. () ".

6. M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, de l'absence de mention, dans ce dernier, de son droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un Etat membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre Etat membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre Etat membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac (" hit "), en vertu de l'article 9 paragraphe 5, du règlement n° 603/2013. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont été saisies le 22 mars 2024 et ont accepté le 27 mars 2024 la prise en charge de M. B, ainsi qu'il a été dit. Dans ces conditions, et alors que la demande d'asile de l'intéressé a été présentée le 8 mars 2024, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

9. En cinquième lieu, au terme du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 dispose que : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un Etat membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier Etat membre auprès duquel la demande a été introduite, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable devient l'Etat membre responsable. () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. M. B n'établit ni être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de transfert en Italie ni ne pouvoir y être pris en charge de manière adaptée, en se bornant à renvoyer à des éléments généraux qui n'établissent pas l'existence de défaillances systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile de ce pays. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions citées au point précédent et commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité. Pour les mêmes raisons, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Homehr et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. Richard

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2402794

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