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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402806

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402806

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402806
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a annulé l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise refusait un titre de séjour à M. B, ressortissant tunisien, et l'obligeait à quitter le territoire français. Le tribunal a retenu un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant, qui justifiait pourtant d'une activité professionnelle continue de plus de quatre ans en tant que ripeur. En conséquence, il a enjoint à la préfète de réexaminer la demande dans un délai d'un mois et a condamné l'État à verser 1 000 euros au titre des frais de justice. La décision se fonde notamment sur les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à la préfète de l'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la préfète de l'Oise n'a pas examiné sa demande au regard de son pouvoir général de régularisation ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir général de régularisation de la préfète et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 11 octobre 1975 est entré sur le territoire français le 6 décembre 2019 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité le 18 janvier 2024 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 juin 2024, dont M. B demande l'annulation par la présente requête, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B, recruté en qualité de ripeur au sein de la société " SAS MJ TRANS " située à Thiais depuis le 13 février 2020, a produit les bulletins de salaire afférents pour les années 2020, 2021, 2022, 2023 et 2024. Alors que M. B établit ainsi travailler depuis plus de quatre ans de manière continue, la préfète de l'Oise s'est bornée à indiquer que le requérant a présenté une demande d'autorisation de travail sur un poste de ripeur, sans faire référence à ses nombreux bulletins de salaire. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit donc être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 juin 2024 de la préfète de l'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A M. B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le président,

signé

S. Lebdiri

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402806

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