jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | EROL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 10 et 13 juillet 2024,
M. E B, représenté par Me Erol, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Sénégal comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence chez sa sœur (Mme B C) sis 1 rue du Marais à Creil (60100) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :
- son droit d'être entendu protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la cour de justice de l'Union européenne a été méconnu ;
S'agissant spécifiquement de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète de l'Oise n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la préfète de l'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant spécifiquement de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète de l'Oise n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant spécifiquement de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète de l'Oise n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- la décision est insuffisamment motivée, y compris s'agissant des modalités d'exécution de la mesure ;
- la préfète de l'Oise n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, y compris s'agissant des modalités d'exécution de la mesure ;
- la décision attaquée méconnait sa liberté d'aller et venir ;
- les modalités d'exécution de la mesure méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, y compris s'agissant des modalités d'exécution de la mesure ;
- l'interdiction de sortir du département de l'Oise n'est pas motivée ;
- l'interdiction de sortir du département de l'Oise est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de sortir du département de l'Oise méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Amiens par courriel du 12 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9,
L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4,
L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sénégalais né le 28 octobre 1992, est entré sur le territoire français le 26 octobre 2018 selon ses allégations. Par un arrêté du 9 juillet 2024, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Sénégal comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète de ce même département l'a assigné à résidence chez sa sœur (Mme B C) sis 1 rue du Marais à Creil (60100) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. B a sollicité l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : "'Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union°". Aux termes du paragraphe 2 du même article : "'Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ()'". Si l'article 41 de la charte précitée s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union européenne, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense.
5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition établi le
8 juillet 2024 à Senlis dans cadre de la garde à vue de l'intéressé, produit en défense, que
M. B a été entendu par les services de police, notamment sur sa situation administrative en France et sur l'éventualité, sur laquelle il lui a été demandé s'il avait des observations à formuler, de faire l'objet d'une décision d'éloignement à destination de son pays d'origine, éventuellement assortie d'une assignation à résidence, d'une interdiction de retour en France et d'un placement en rétention administrative pour une durée n'excédant pas 90 jours. En outre, et en tout état de cause, le requérant ne démontre pas ni même n'allègue qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à l'intervention de décisions qui l'affecteraient défavorablement doit être écarté.
En ce qui concerne spécifiquement la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (). Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
8. En l'espèce, l'arrêté en litige vise et mentionne les textes dont il fait application, notamment le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs la préfète de l'Oise, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger faisant l'objet notamment d'une obligation de quitter le territoire français, précise en particulier que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son titre de séjour régulièrement délivré valable du 26 novembre 2022 au 25 novembre 2023 sans en avoir demandé le renouvellement et que sa situation entre dans le champ d'application des dispositions prévues au 2° de l'article L. 611-1 du code précité. Par suite, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
9. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée.
10. En troisième lieu, en se bornant à soutenir qu'il est entré en France en 2018, qu'il y a effectué une partie de sa scolarité, qu'il démontre une intégration professionnelle et que l'utilisation de faux documents ne peut suffire à remettre en cause cette intégration, M. B ne conteste pas utilement le motif retenu par la préfète de l'Oise pour prendre la décision attaquée, fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions doit ainsi être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le requérant est entré récemment en France en 2018 selon ses déclarations, qu'il est célibataire sans enfants à charge, qu'il ne justifie pas d'attaches familiales proches sur le territoire français hormis une sœur, alors qu'il a indiqué lors de son audition à l'occasion de sa garde à vue que la plupart des membres de sa famille réside encore au Sénégal où il a vécu jusqu'à 26 ans. Par ailleurs, s'il soutient qu'il a su nouer des liens stables et sérieux avec ses clients, collègues de travail et amis, il ne l'établit pas et ne justifie pas davantage d'une intégration dans la société française suffisamment ancienne, intense et stable. En outre, il ne conteste pas avoir utilisé un faux passeport, motif de sa garde à vue. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne spécifiquement la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et
L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
14. En l'espèce, la décision en litige vise et mentionne les textes dont elle fait application, notamment le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs la préfète de l'Oise, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger précise en particulier que l'effectivité et la stabilité de son logement ne sont pas avérées et qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Par suite, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
15. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la décision attaquée.
16. En dernier lieu, en tout état de cause pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne spécifiquement la décision fixant le pays de renvoi :
17. En premier lieu, par un arrêté du 14 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. A D, sous-préfet chargé de mission politique de la ville, à l'effet de signer, notamment, les décisions et actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile durant les permanences du corps préfectoral. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
18. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique par ailleurs notamment que l'intéressé se réclame de la nationalité sénégalaise, qu'il n'est pas demandeur d'asile et qu'il ne justifie pas de motifs sérieux et avérés de croire que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays ou qu'il y serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit ainsi être écarté comme manquant en fait.
19. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée.
20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne spécifiquement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
21. En premier lieu, il résulte de la décision attaquée que celle-ci cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que
M. B est arrivé sur le territoire français le 26 octobre 2018, que la durée de son séjour n'est pas particulièrement importante, que l'intéressé a des attaches en France auprès desquelles sa présence n'est pas indispensable, qu'il ne justifie pas d'une intégration notable dans la société française, que ses liens avec la France ne sont pas particulièrement anciens, intenses et stables, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits d'usage de faux documents d'identité et que sa présence est susceptible de menacer l'ordre public. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée en fait et en droit et le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
22. En deuxième lieu, dès lors que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire sont rejetées, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision attaquée.
23. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Sénégal comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an doivent être rejetées.
En ce qui concerne spécifiquement la décision portant assignation à résidence :
25. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
26. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci mentionne les considérations de droit, en l'occurrence l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les considérations de fait, notamment la circonstance que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 9 juillet 2024, que sa reconduite à la frontière ne peut intervenir immédiatement pour des raisons matérielles mais que son départ demeure toutefois une perspective raisonnable. Par suite, la décision portant assignation à résidence est suffisamment motivée, en ce compris les modalités d'exécution de cette mesure, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.
27. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée.
28. En troisième lieu, dès lors que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont rejetées, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision attaquée en ce compris les modalités de son exécution.
29. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, qui se borne à soutenir qu'il ne peut quitter son domicile et ne peut se déplacer librement, l'arrêté attaqué, en prévoyant qu'il doit se présenter trois fois par semaine les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Creil, dans sa commune de résidence, ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir.
30. En dernier lieu, alors que le requérant se borne à soutenir en particulier qu'il ne présente aucun risque de fuite, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, invoqué à l'encontre de l'arrêté attaqué en ce compris les modalités d'exécution de la mesure d'assignation, doit être écarté.
31. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence chez sa sœur (Mme B C) sis 1 rue du Marais à Creil (60100) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à la préfète de l'Oise et à Me Erol.
Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Wavelet
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026