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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402878

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402878

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402878
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, Mme A C B, représentée par Me Chartrelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités portugaises ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans une langue qu'il comprend ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 5.1, 5.5 et 5.6 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas démontré qu'elle a été reçue par un agent qualifié lors d'un entretien individuel présentant les garanties requises ;

- le préfet n'établit pas que les autorités portugaises ont été saisies d'une demande de prise en charge dans les délais impartis en application de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'ont acceptée en application des dispositions de l'article 22 du même règlement ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 20.3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que les autorités portugaises ne se sont pas prononcées sur le transfert de ses enfants sur son territoire ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'examiner discrétionnairement sa demande d'asile sur le fondement du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'elle craint pour sa sécurité et celle de ses enfants en cas de transfert au Portugal où une partie de la famille de son époux réside ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 16 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle est enceinte d'un ressortissant français avec lequel elle a des projets de vie familiale ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont scolarisés en France.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit seulement des pièces, enregistrées le 19 juillet 2024.

Mme B a formé une demande d'aide juridictionnelle le 15 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars pour se prononcer sur les litiges mentionnés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné ;

- les observations de Me Chartrelle, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens. Elle précise que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'examiner discrétionnairement la demande d'asile de Mme B sur le fondement de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 alors qu'elle est enceinte d'un ressortissant français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 juillet 2024, le préfet du Nord a décidé le transfert de Mme A C B, ressortissante angolaise née le 16 juillet 1989, aux autorités portugaises en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B était enceinte d'environ trois mois à la date de la décision attaquée d'un ressortissant français, qui a reconnu par anticipation l'enfant à naître auprès des services de l'état civil et fait état de leur projet de vie familial. Dans ces circonstances particulières, Mme B est fondée à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de mettre en œuvre son pouvoir discrétionnaire sur le fondement des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de l'arrêté attaqué implique qu'il soit enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de Mme B et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé du transfert de Mme B aux autorités portugaises comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord d'enregistrer la demande d'asile de

Mme B et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, à Me Chartrelle et au préfet du Nord.

Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

V. Le Gars La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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