jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402904 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. A C, représenté par
Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la préfète a commis une erreur de droit en ne faisant pas application de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;
- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale pour les droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 août 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Amiens.
Par une ordonnance du 26 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 16 septembre 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Wavelet, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant ivoirien né le 7 mars 1967, déclare être entré sur le territoire français le 11 octobre 2018. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juin 2024 dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci cite notamment l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et décrit suffisamment la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, l'arrêté cite en particulier le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et fait mention du rejet de la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé. S'agissant du délai de départ volontaire, l'arrêté cite l'article L. 612-1 du même code et fait mention de ce qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le délai de départ volontaire de trente jours ne serait pas adapté à la situation de
M. C, qui n'a pas demandé à titre subsidiaire l'octroi d'un délai supérieur. Enfin, s'agissant de la fixation du pays de renvoi, l'arrêté cite en particulier les articles L. 612-12 et L. 721-4 du code précité et fait mention de la nationalité ivoirienne du requérant, de ce que ce dernier n'est pas demandeur d'asile et qu'il ne démontre pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Pour un séjour de plus de trois mois : / () / - les ressortissants ivoiriens à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". L'article 5 de la convention stipule : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre État une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet État, justifier de la possession : / 1° D'un certificat de contrôle médical établi dans les deux mois précédant le départ et visé : / - en ce qui concerne l'entrée en France, par le consulat de France compétent, après un examen subi sur le territoire de la Côte d'Ivoire devant un médecin agréé par le consulat, en accord avec les autorités ivoiriennes ; / () / 2° D'un contrat de travail visé par l'autorité compétente dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil ". L'article 10 stipule que : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les ressortissants ivoiriens doivent posséder un titre de séjour. / () / Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'État d'accueil ". Aux termes de l'article 14 de la même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ".
4. Il résulte des stipulations précitées que la convention franco-ivoirienne renvoie, par son article 10, à la législation nationale pour la délivrance et le renouvellement des titres de séjour. Ses articles 5 et 6 se bornent quant à eux à régir les conditions d'entrée sur le territoire de l'un des deux États de ceux des ressortissants de l'autre État qui souhaitent y exercer une activité salariée. Ainsi, les ressortissants ivoiriens souhaitant exercer une activité salariée en France doivent solliciter un titre de séjour en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur de droit en ne faisant pas application de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
6. Si M. C se prévaut de sa présence en France depuis le 11 octobre 2018 et de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants, B et D, nés respectivement en 2007 et 2009, l'intéressé a été auparavant séparé de ces derniers pendant à tout le moins trois ans lorsqu'ils sont entrés sur le territoire français en 2015 avec leur mère et ne justifie pas exercer le droit de visite et d'hébergement qui lui a été reconnu à leur égard par un jugement du 14 juin 2022 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Meaux prononçant le divorce du couple en se bornant à produire des photographies non datées et des attestations de sa mère, de sa sœur et de ses deux enfants ou encore d'une collègue de la bibliothèque municipale où il effectue du bénévolat. L'intéressé n'établit pas davantage, nonobstant l'absence de contribution financière mise à sa charge par le jugement du 14 juin 2022, qu'il contribue à l'entretien de ses enfants, ni dans quelle mesure sa présence régulière, d'ailleurs non démontrée, serait nécessaire à sa fille B, laquelle bénéficie d'une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé pour la période du 23 août 2022 au 31 juillet 2027. Par ailleurs, s'il se prévaut de son engagement comme bénévole au sein de la bibliothèque de la commune de Sainte-Geneviève depuis août 2021, ainsi que d'un contrat de droit public d'une durée d'un an à compter du 8 juillet 2024 qu'il a conclu au demeurant postérieurement à la décision attaquée et de manière nécessairement irrégulière, ces circonstances ne sont pas de nature à constituer des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en considérant qu'il ne justifiait pas de tels motifs ou de considérations humanitaires et en lui refusant la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.
7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 et alors qu'il il ne conteste pas avoir toujours des attaches familiales en Côte d'Ivoire où vivent son père et sa fratrie, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, alors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus l'intéressé ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de ses enfants, que la décision portant refus de séjour méconnaitrait les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Oise et à
Me Tourbier.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- MM. Lapaquette et Wavelet, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
F. Wavelet
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026