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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402988

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402988

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSORRIAUX JONATHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 juillet et 6 septembre 2024 sous le

n° 2402988, M. A B, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète de l'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, la préfète de l'Oise doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 29 août 2024 sous le n° 2403454, M. A B, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile au 45 rue Lénine à Montataire (60160) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Il soutient que l'arrêté l'assignant à résidence est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, contestée par requête distincte.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit d'observations.

Par une décision du 9 octobre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Amiens, la demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné, ainsi que les observations de Me Sorriaux, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales des parties à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 1er juin 2001, est entré sur le territoire français le 14 juin 2016 selon ses déclarations. Il a sollicité le 5 juillet 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juin 2024, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Par un arrêté du 24 août 2024, la préfète du même département l'a assigné à résidence à son domicile au 45 rue Lénine à Montataire (60160) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. Par les requêtes n° 2402988 et 2403454, M. B demande l'annulation des arrêtés de la préfète de l'Oise respectivement des 19 juin et 24 août 2024.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2402988 et 2403454 ont été introduites par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans l'instance n° 2402988, que sur les conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement et des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination et assignant l'intéressé à résidence. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 19 juin 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. B un titre de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais liés au litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B, entré en France selon ses déclarations le 14 juin 2016 à l'âge de 15 ans, a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance le 27 juillet suivant. Il s'est vu délivrer deux titres de séjour en qualité d'étudiant de 2020 à 2022 et a été scolarisé de 2018 à 2021 en vue de l'obtention du certificat d'aptitudes professionnelles de maçonnerie, diplôme qu'il n'a toutefois pas obtenu. Il déclare être célibataire sans enfant à charge et ne pas disposer d'attaches familiales en France et, si son père est décédé en 2024 au Mali, il ne justifie pas par ailleurs être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il ressort du contrat de travail à durée indéterminée qu'il a conclu le 17 mai 2022 avec la société " Black Castle Exploitation ", ainsi que des bulletins de salaire pour la période de mai 2022 à juin 2024, qu'il exerce depuis mai 2022 l'emploi de plongeur au sein du château de Montvillargenne à Gouvieux dans l'Oise, cette circonstance ne peut être regardée à elle-seule comme de nature à justifier d'une insertion particulière et suffisamment ancienne en France. Enfin, si l'intéressé produit une demande d'autorisation de travail datée du 15 juin 2023 et renseignée par son employeur actuel, il ne justifie toutefois pas disposer d'une telle autorisation pour occuper l'emploi objet de cette demande. Dans ces conditions, eu égard notamment à sa situation personnelle et familiale, la préfète de l'Oise ne peut être regardée en l'espèce comme ayant commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comme ayant porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. B ne peut être regardé en l'espèce comme justifiant de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise, en refusant son admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié ", aurait méconnu les dispositions précitées ou commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir général de régularisation.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Par ailleurs, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaitrait elle-même les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a dit aux points 5 à 10 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 19 juin 2024 par lesquelles la préfète de l'Oise a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

13. Dès lors que l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, M. B n'est pas fondé à exciper de leur illégalité à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.

14. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise a assigné M. B à résidence à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le jugement des conclusions de la requête n° 2402988 présentée par M. B tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et celles qui en sont l'accessoire, relatives aux fins d'injonction sous astreinte et aux frais liés au litige, est renvoyé à la formation collégiale compétente du tribunal administratif d'Amiens.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2402988 et la requête n° 2403454 présentées par M. B sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F. Wavelet

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2402988 et 2403454

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