jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, Mme B A, représentée par
Me Homehr, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Somme a classé sans suite sa demande de renouvellement d'un certificat de résidence algérien ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze à jours, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il existe une présomption d'urgence, en présence d'une demande de renouvellement de son titre de séjour comme en l'espèce ; elle se trouve sans document de séjour et peut perdre son emploi alors que son employeur souhaite qu'elle continue à exercer ses fonctions, ce qui porte atteinte de manière grave et immédiate à ses intérêts financiers ;
- la condition relative au doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait et méconnaît les articles R. 431-11 et
R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté annexé à ce code, dès lors que sa résidence habituelle se trouve dans la Somme contrairement à ce qu'a estimé le préfet, et que le préfet de la Somme est en conséquence compétent pour instruire sa demande de titre de séjour ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors que si la préfecture de la Somme s'estimait incompétente pour instruire sa demande de titre de séjour, elle ne pouvait rejeter sa demande sur ce seul motif et devait, en application de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, transmettre la demande au préfet qu'il estimait compétent territorialement ;
- la décision attaquée a été prise en violation de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de procédure contradictoire préalable ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968.
Le préfet de la Somme a produit des pièces le 24 juillet 2024.
Vu :
- la requête, enregistrée le 23 juillet 2024 sous le n° 2403014 tendant, notamment, à l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 7 août 2024 à
15 heures.
A été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle, vice-présidente,
- les observations de Me Porcher, substituant Me Homehr, représentant Mme A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que la décision attaquée risque de lui faire perdre son emploi alors qu'elle a toujours été en situation régulière depuis son arrivée en France ; que Mme A a déménagé début 2023 de Paris à Amiens afin de venir habiter avec son frère, mais n'a pas procédé immédiatement aux changements d'adresse auprès des différentes administrations et de ses employeurs, d'autant qu'elle a conservé son appartement parisien afin d'y héberger temporairement un membre de sa famille et qu'elle a continué à travailler à Paris tout en vivant à Amiens compte tenu des possibilités de télétravail ; qu'elle a nécessairement présenté à la préfecture un justificatif de domicile dans la Somme le 5 avril 2024 dès lors qu'elle s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à cette date ; que les différentes pièces produites par le préfet ne constituent pas des justificatifs de domicile ; que plusieurs des pièces qu'elle produit pour établir son domicile à Amiens sont antérieures à la décision attaquée.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 17 janvier 1994, a sollicité le 5 avril 2024 le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", valable du
7 avril 2023 au 6 avril 2024 qui lui avait été délivré par le préfet de la Somme. Un récépissé de demande de titre de séjour lui été délivré par le préfet de la Somme le 5 avril 2024, valable jusqu'au 6 juillet 2024. Par un courrier du 2 juillet 2024, le préfet de la Somme a indiqué à l'intéressée qu'au vu des éléments de son dossier, elle réside au 32 avenue Corentin Cariou à Paris et non dans le département de la Somme ainsi qu'elle l'avait déclaré, a invité l'intéressée à se rapprocher de la préfecture compétente pour son lieu de résidence afin d'y effectuer son changement d'adresse, et a également prononcé le classement sans suite de sa demande, faute pour elle de " déclarer [sa] véritable adresse en préfecture " dans un délai de sept jours.
Mme A demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 2 juillet 2024.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
Sur les conclusions à fin de suspension :
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. Pour justifier de l'urgence, Mme A soutient qu'elle a sollicité le renouvellement de sa demande de titre de séjour dès le mois d'avril 2024, que le refus du préfet de la Somme d'instruire sa demande et l'impossibilité de solliciter le renouvellement de son titre auprès de la préfecture de police de Paris, où elle ne réside pas, la prive de titre de séjour depuis l'expiration de son récépissé le 6 juillet 2024 et qu'elle risque de perdre son emploi. Il résulte de l'instruction que Mme A a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour qui a été classée sans suite par la décision contestée du 2 juillet 2024 au motif que Mme A ne réside pas dans le département de la Somme. L'intéressée est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de responsable des ressources humaines, et ne dispose plus, du fait du classement sans suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour, de document l'autorisant à séjourner à travailler sur le territoire français. Le préfet de la Somme, qui n'a pas produit d'observations en défense, ne fait état d'aucune circonstance de nature à renverser la présomption d'urgence. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ;
5. Aux termes de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article
R. 431-2, est effectuée () à la préfecture ou à la sous-préfecture ". Aux termes de l'article
R. 431-20 du même code : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. () ". Aux termes de l'article R. 433-1 du même code : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ". Aux termes de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relative aux pièces à fournir lors du dépôt d'une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " : " Pièces à fournir dans tous les
cas : () - justificatif de domicile datant de moins de six mois : facture (électricité, gaz, eau, téléphone fixe, accès à internet), bail de location de moins de six mois, quittance de loyer
(si locataire) ou taxe d'habitation ; en cas d'hébergement à l'hôtel : attestation de l'hôtelier et facture du dernier mois ; en cas d'hébergement chez un particulier : attestation de l'hébergeant datée et signée, copie de sa carte nationale d'identité ou de sa carte de séjour, et justificatif de son domicile si l'adresse de sa carte nationale d'identité ou de sa carte de séjour n'est plus à jour ".
6. Il résulte de l'instruction, notamment du contrat passé avec un fournisseur d'électricité en date du 9 mars 2023 et de la facture de ce fournisseur en date du 14 juin 2024, qui mentionnent le nom de Mme B A et celui de son frère, avec qui elle réside, que Mme A justifie de son domicile dans le département de la Somme par l'une des pièces mentionnées à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citée au point 5. Si le préfet de la Somme produit à l'instance un courrier de la CPAM de la Somme du 30 avril 2024, un courriel de la caisse d'allocations familiales de la Somme du 29 avril 2024, deux avis d'impôt sur le revenu au titre des années 2022 et 2023, des fiches de paie de janvier à novembre 2023, et un contrat de travail du 19 février 2024, qui mentionnent une adresse de l'intéressée à Paris ou une affiliation de l'intéressée à la CPAM de Paris, ces éléments, dont aucun ne constitue d'ailleurs un justificatif de domicile pouvant être exigé du demandeur d'un titre de séjour en vertu de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne permettent pas, soit au regard de leur date, soit au regard de leur contenu, d'établir que l'adresse de résidence déclarée par Mme A à Amiens, qui est mentionnée également, outre la facture d'électricité précitée, sur une attestation de la CPAM de Paris en date du 24 juin 2024, sur son attestation d'assurance habitation du 21 juin 2024, ainsi que sur d'autres documents postérieurs à la décision attaquée, serait inexacte au motif qu'elle réside en réalité à Paris au 32 avenue Corentin Cariou (75019). Enfin, il résulte également de l'instruction que la décision attaquée du 2 juillet 2024, adressée par la préfecture à l'adresse amiénoise déclarée par l'intéressée, en lettre recommandée avec accusé de réception, a été reçue par sa destinataire.
7. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait quant au lieu de résidence de Mme A et de ce que la décision attaquée a méconnu l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 2 juillet 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué par le tribunal sur sa requête au fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de la Somme reprenne l'instruction de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A déjà en sa possession, et lui délivre un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour et l'autorisant à travailler. Ce document de séjour sera valable ou renouvelé jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond, s'il n'est plus tôt statué par le préfet sur la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A. Il y a lieu d'adresser au préfet de la Somme une injonction en ce sens et de lui assigner un délai de huit jours pour y satisfaire.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de la Somme du 2 juillet 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de reprendre l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par Mme A et de lui délivrer dans un délai de huit jours suivant la notification de la présente ordonnance, un récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour et l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Somme.
Fait à Amiens, le 8 août 2024.
La juge des référés
Signé :
C. Galle
La greffière
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402993
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026