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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403016

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403016

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403016
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantALDAMA MARIE-BRIGITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Aldama, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du courrier du 5 juin 2024 par laquelle le directeur général de l'établissement Voies navigables de France (VNF) l'a informée de ce que le concours de la force publique avait été accordé en vue de son expulsion de la maison éclusière n°7 située à Chaillevois sur le territoire de la commune de Chavignon (02000) et lui a enjoint de quitter les lieux avant le 31 juillet 2024, ensemble le courrier du 3 mai 2024, par lequel le préfet de l'Aisne a donné cet accord ;

2°) de condamner VNF à lui verser une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée crée une situation d'urgence, dès lors qu'elle est dépourvue de solution de relogement, qu'elle héberge également son fils, qu'elle souffre de troubles de santé et que la dépendance domaniale litigieuse n'est plus utile au service, ainsi que le démontre les démarches de VNF tendant à son déclassement et sa vente à son profit ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité du courrier du 5 juin 2024 de VNF, dès lors qu'il a été signé par une autorité incompétente ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la cour administrative d'appel de Douai n'ordonne pas son expulsion et a rejeté la demande VNF tendant à être autorisée à obtenir le concours de la force publique ;

- cette décision est entachée de détournement de procédure, dès lors qu'il n'y a pas d'urgence à ordonner son expulsion, pour les mêmes raisons ;

- elle méconnaît ses droits fondamentaux.

Vu :

- la requête enregistrée le 24 juillet 2024 sous le n° 2403057 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Enfin, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ".

4. En premier lieu, aux termes d'un arrêt n°18DA00637 du 31 octobre 2018, la cour administrative d'appel de Douai a enjoint à Mme A de libérer sans délai la maison éclusière n°7 située sur le territoire de la commune de Chavignon (02000), dépendance du domaine public de l'établissement VNF que l'intéressée occupait sans droit ni titre. Contrairement à ce que soutient Mme A, cet arrêt n'avait pas à prononcer expressément son expulsion ni à autoriser l'établissement à demander le concours de la force publique pour que l'obligation qui lui été faite de libérer ces lieux soit, conformément à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoire. A cet égard, la circonstance que la cour ait, par une décision ultérieure, rejeté les conclusions tendant à ce que VNF soit autorisé à réclamer un tel concours n'a aucune incidence, la cour s'étant au demeurant bornée à constater leur irrecevabilité, alors que les dispositions du code des procédures civiles d'exécution sur lesquelles elles étaient fondées ne sont pas applicables devant le juge administratif lorsque celui-ci enjoint à un occupant irrégulier, comme en l'espèce, de libérer une dépendance du domaine public.

5. Il s'ensuit que, par le courrier du 5 juin 2024 informant Mme A de ce que le concours de la force publique avait été accordé en vue de son expulsion faute pour elle d'avoir quitté les lieux avant le 31 juillet 2024, l'établissement VNF n'a pas pris de nouvelle décision susceptible de recours devant le juge administratif, mais s'est borné à prendre les mesures nécessaires à l'exécution de l'arrêt de la cour. Il ne pourrait en aller autrement que si Mme A se prévalait de circonstances de droit ou de fait nouvelles ayant eu notamment pour effet de régulariser son occupation de la dépendance domaniale litigieuse depuis l'intervention de l'arrêt de la cour, ce que ne constituent ni les démarches de VNF envisageant son déclassement et sa vente à son profit, dès lors que la requérante ne démontre ni leur aboutissement ni même y avoir donné suite, ni la circonstance que son fils occuperait désormais tout aussi irrégulièrement qu'elle la dépendance litigieuse, ni enfin aucune des autres circonstances qu'elle invoque.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution du courrier de VNF du 5 juin 2024 sont dirigées à l'encontre d'un acte ne constituant pas une décision susceptible de recours contentieux et sont donc manifestement irrecevables.

7. En second lieu, si Mme A demande également la suspension de l'exécution du courrier du préfet de l'Aisne du 3 mai 2024 par lequel celui-ci a accordé le concours de la force publique en vue de son expulsion de la dépendance domaniale litigieuse, cette décision n'est pas produite aux pièces du dossier, tandis que l'intéressée ne justifie pas de l'impossibilité de la produire conformément aux dispositions citées au point 3, et notamment pas en avoir vainement demandé communication. Il s'ensuit que ces conclusions sont également manifestement irrecevables.

8. En outre et en tout état de cause, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du courrier de VNF du 5 juin 2024 est inopérant à l'encontre de la décision du préfet. Le moyen tiré de l'erreur de droit, alors que la cour administrative d'appel de Douai n'aurait pas ordonné son expulsion et rejeté la demande de VNF tendant à être autorisé à obtenir le concours de la force publique, n'est manifestement pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision pour les raisons exposées au point 4. Il en va de même du moyen tiré de ce que cette décision serait entachée de détournement de procédure, faute d'urgence à ordonner son expulsion, alors que cette condition n'est en elle-même pas requise lorsque le préfet accorde le concours de la force publique pour expulser un occupant irrégulier du domaine public sur le fondement, comme en l'espèce, d'une décision juridictionnelle exécutoire déjà intervenue. Et il en va également de même du moyen tiré de ce que cette décision porterait atteinte à ses libertés fondamentales, alors qu'il est constant que Mme A occupe sans droit ni titre la dépendance domaniale litigieuse, qu'elle a au demeurant bénéficié d'un délai particulièrement conséquent pour exécuter l'obligation d'évacuer les lieux prononcée pas la Cour et qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, elle ne démontre pas avoir donné suite aux invitations de VNF à régulariser sa situation.

9. Il s'ensuit que les conclusions aux fins de suspension d'exécution de la requête doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions que Mme A présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Amiens, le 30 juillet 2024.

Le président de la 3ème chambre,

Juge des référés

Signé :

S. Thérain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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