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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403033

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403033

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUILMOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Guilmoto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans ce même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen personnalisé de sa demande ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant des moyens propres à la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant du moyen propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juin 2024.

Par une ordonnance du 26 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sako, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 31 décembre 1986, entré en France le 11 mars 2016 selon ses déclarations, a sollicité le 11 octobre 2022 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 16 mai 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.

Sur les moyens communs aux décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise et signataire de l'arrêté contesté, disposait d'une délégation en vertu de l'arrêté du 30 octobre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer toute décision relevant des attributions de l'État dans ce département, à l'exception de certaines mesures limitativement énumérées, dont ne font pas partie les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ().

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et détaille la situation de M. B par des considérations qui lui sont propres, et ce alors même qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas précisé sur quel fondement il entendait solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'une insuffisance de motivation doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré du défaut d'examen personnalisé de sa demande, qui est fondé sur les mêmes considérations.

5. En troisième lieu, si M. B soutient qu'il réside en France depuis 2016 et qu'il a occupé sur le territoire de nombreux emplois dans le bâtiment et la restauration, il ne l'établit pas. L'intéressé se borne en effet à produire à cet égard des cartes relatives à l'aide médicale d'Etat dont il a bénéficié depuis l'année 2018. S'il se prévaut en outre de la présence en France de son frère, en situation régulière, chez lequel il réside, il ressort des pièces du dossier qu'il est lui-même célibataire et sans enfants. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 29 ans. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, et ainsi qu'il a été relevé précédemment, M. B n'a pas précisé sur quel fondement il entendait solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il ne saurait invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquelles il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Oise aurait examiné d'office son droit au séjour . En tout état de cause, pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait méconnu les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Eu égard à la situation du requérant, telle que décrite au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Oise et à Me Guilmoto.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Sako

La présidente,

Signé

F. Demurger La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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