vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403050 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Porcher, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2024 par lequel le préfet de la Somme a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est fondé sur des faits matériellement inexacts ;
- il n'a aucune raison de quitter le territoire français ou son domicile, dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française avec laquelle il a eu deux enfants.
La requête a été communiquée au préfet de la Somme, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 29 juillet 2024, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 août 2024 :
- le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée,
- les observations de M. B qui fait valoir que la décision a des conséquences disproportionnées sur sa vie personnelle, dès lors qu'il ne peut plus travailler en raison des pointages réguliers qu'il doit effectuer au commissariat de police d'Amiens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 17 novembre 1995, est entré sur le territoire français en 2016, selon ses déclarations. Par un arrêté du 21 juillet 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Somme a ordonné l'assignation à résidence de M. B pour une durée de 45 jours.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de M. A B, de prononcer d'office son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 15 janvier 2024, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme, le préfet de ce département a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de justice administrative : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
6. L'arrêté assignant M. B à résidence vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que l'intéressé a fait l'objet, par un arrêté du 27 mars 2024, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ne ressort pas de sa motivation que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen complet de sa situation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
8. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a assigné à résidence M. B sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la suite de son interpellation par les services de police le 21 juillet 2024, au motif qu'il fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français édictée depuis moins de trois ans. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par l'intéressé, que M. B a fait l'objet, par un arrêté du 27 mars 2024 du préfet de la Somme, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, devenue définitive à la suite du rejet de sa requête par un jugement du 8 avril 2024 du tribunal administratif d'Amiens. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment de l'avis de placement en garde à vue et du procès-verbal d'audition produit par le préfet en défense, que M. B a été interpellé le 21 juillet 2024 par les services de police nationale. Dans ces conditions, la circonstance que l'objet de l'interpellation de l'intéressé, à savoir tentative d'extorsion avec une arme, n'ait fait l'objet d'aucune procédure pénale est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait fondée sur des faits matériellement inexacts doit être écarté.
9. En quatrième lieu, en soutenant qu'il n'a aucune raison de quitter le territoire français ou son domicile, dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française avec laquelle il a eu deux enfants, M. B doit être regardé comme invoquant, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'arrêté du 27 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire sans délai, qui constitue la base légale de la décision litigieuse. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 8 avril 2024 devenu définitif, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté le recours en excès de pouvoir que M. B avait dirigé à son encontre. Dans ces conditions, cette exception d'illégalité est irrecevable et doit être écartée comme telle.
10. En dernier lieu, par l'arrêté attaqué, le préfet de la Somme a assigné M. B à résidence au 22 rue André Grillon à Amiens, où il est constant que
M. B réside avec son épouse et ses deux enfants. L'arrêté fait obligation à M. B de se présenter les lundi, mardi et jeudi à 9h30 au commissariat de police d'Amiens et de demeurer à son domicile de 14h00 à 17h00. Par ailleurs, l'administration a fait interdiction à l'intéressé de quitter le département sans autorisation. Si M. B soutient que l'obligation de présentation précitée l'empêche de travailler, il n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations, alors qu'il n'établit pas exercer une telle activité professionnelle, à défaut de toute production en ce sens. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Somme du 21 juillet 2024 doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Somme.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
J. PARISI
La greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026