vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juillet 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Saidi, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521- 4 du code de justice administrative, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans un délai 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, afin d'assurer l'exécution de l'ordonnance du juge des référés n°2400705 du 21 mars 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- par l'ordonnance du 21 mars 2024, le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens a enjoint à la préfète de l'Oise de reprendre l'examen de la demande de titre de séjour dans un délai d'un mois et de lui délivrer immédiatement, dans l'attente de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; que malgré l'envoi des documents sollicités par la préfecture, la préfète de l'Oise n'a pas exécuté cette ordonnance et ne lui a délivré aucune autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail malgré ses déplacements en préfecture et ses relances par courriels ;
- en vertu de l'article L. 11 du code de justice administrative les ordonnances du juge des référés sont exécutoires et obligatoires ;
- l'urgence est établie dès lors qu'elle a été autorisée à séjourner en France sous couvert d'un visa de long séjour, qu'elle a le droit d'obtenir un titre de séjour durant la validité de ce visa, de sorte que sa situation s'apparente à un renouvellement de titre de séjour et qu'elle doit bénéficier d'une présomption d'urgence ; qu'elle ne peut pas travailler et contribuer à l'entretien de sa famille ; qu'elle ne dispose d'aucun document de séjour provisoire depuis le 19 décembre 2023 ;
- la préfecture lui ayant demandé la production de pièces dans le cadre de l'instruction de son dossier, elle procède à l'instruction de sa demande sans lui remettre une autorisation provisoire de séjour, ce qui justifie la demande d'exécution présentée sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2400705 du 7 juin 2024 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".
2. Il incombe dans tous les cas aux différentes autorités administratives de prendre, dans les domaines de leurs compétences respectives, les mesures qu'implique le respect des décisions juridictionnelles. Si l'exécution d'une ordonnance prise par le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, peut être recherchée dans les conditions définies par le livre IX du même code, et en particulier les articles L. 911-4 et L. 911-5, la personne intéressée peut également demander au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, d'assurer l'exécution des mesures ordonnées demeurées sans effet par de nouvelles injonctions et une astreinte.
3. Par une ordonnance n° 2400705 du 21 mars 2024, le juge des référés a enjoint à la préfète de l'Oise de reprendre l'examen de la demande de titre de séjour de Mme C épouse B dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance et de lui délivrer immédiatement, dans l'attente de sa décision, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour. Par un courrier du 15 mai 2024, la préfecture a sollicité de Mme C épouse B la production d'un justificatif de domicile récent et de tout élément utile pour l'examen de sa demande. Il résulte toutefois de l'instruction ainsi que des pièces produites par la préfète de l'Oise dans le cadre de la demande d'exécution formée par Mme C épouse B le 29 avril 2024, que ce courrier, qui comportait une faute dans l'orthographe du nom de la requérante, n'a pu être distribué à sa destinataire et a été retourné à l'expéditeur. Mme C épouse B, après avoir été informée de cet envoi, a néanmoins transmis les documents demandés par voie postale le 28 mai 2024 puis par courriel du 6 juin 2024, dont la préfecture de l'Oise a accusé réception par un courriel du 7 juin 2024. Toutefois, à la date de la présente ordonnance, malgré la demande d'informations adressée par le tribunal à la préfète de l'Oise le 29 juillet 2024, à laquelle il n'a pas été répondu, la préfète de l'Oise n'a délivré aucune autorisation provisoire de séjour à l'intéressée, ni statué sur sa demande de de titre de séjour. L'injonction faite à la préfète de l'Oise par l'ordonnance du juge des référés du 21 mars 2024 n'a donc pas été exécutée, sans que l'autorité préfectorale n'apporte aucun élément d'explication sur les motifs de cette absence d'exécution. Mme C épouse B justifie toujours, à la date de la présente ordonnance, d'une situation d'urgence pour les mêmes motifs que ceux exposés par le juge des référés dans son ordonnance du 21 mars 2024. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la requérante tendant à ce que soit modifiée la mesure prononcée à l'article 2 de l'ordonnance n° 2400705 du 21 mars 2024 en assortissant l'injonction qui y est prononcée relative à la délivrance immédiate d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'injonction faite à la préfète de l'Oise par l'ordonnance n° 2400705 du 21 mars 2024 rendue par le juge des référés enjoignant à la préfète de l'Oise de reprendre l'examen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, et de lui délivrer immédiatement un récépissé valant autorisation provisoire de séjour et l'autorisant à travailler, est assortie d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Mme C épouse B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.
Fait à Amiens, le 9 aout 2024.
La juge des référés
Signé :
C. Galle
La greffière
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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