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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403089

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403089

mardi 27 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET SOULE-LANCKRIET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 28 mai 2024 par laquelle l’établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole de Ribecourt a refusé de renouveler le contrat à durée déterminée de Mme C épouse A. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, les difficultés financières invoquées par la requérante n’étant pas établies avec une gravité suffisante. Il a également écarté le moyen tiré de l’absence d’entretien préalable régulier, considérant que l’entretien informel du 7 mai 2024 n’était pas soumis au formalisme prévu par l’article 45 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986. Enfin, le non-renouvellement a été justifié par l’intérêt du service, face à la baisse d’activité et aux difficultés budgétaires de l’établissement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juillet 2024 et le 21 août 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Lanckriet demande au juge des référés de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de la décision du 28 mai 2024 par laquelle le chef de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Ribecourt a décidé de ne pas renouveler son contrat à durée déterminée en qualité d'agent contractuel venant à échéance le 31 août 2024.

Elle soutient que :

- l'urgence est établie par la gravité des conséquences que la perte de son emploi va emporter à très court terme sur sa situation financière et sur la poursuite de sa carrière professionnelle, alors qu'elle se trouve dans une situation d'employabilité réduite ;

- la décision de non renouvellement n'a pas été précédée d'un entretien auquel elle aurait été convoquée par un courrier régulièrement notifié avec un délai de prévenance de 5 jours ouvrables, indiquant son objet et offrant la possibilité de se faire assister, de sorte que cette irrégularité l'a privée de la garantie offerte par l'article 45 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 aux agents dont le contrat devrait être renouvelé pour une durée indéterminée et a été susceptible d'influer sur la décision de l'administration de renouveler ou non son engagement ;

- ce non-renouvellement n'est pas justifié par l'intérêt du service ou sa manière de servir, la disparition prochaine des besoins dont fait état l'établissement n'étant pas établie.

Par un mémoire, enregistré le 20 août 2024, l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Ribecourt, représenté par Me D, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la situation d'urgence invoquée n'est pas établie et est exclusivement imputable au fait de la requérante, que le moyen tiré de l'absence d'entretien préalable manque en fait et que le non-renouvellement est justifié par l'intérêt du service, au regard des difficultés financières de l'établissement confronté à une baisse drastique du nombre d'entrées de stagiaires en formation professionnelle ce qui conduit à envisager à court terme la suppression du poste de l'intéressée, à l'exclusion de tout autre considération tenant à sa personne ou sa manière de servir.

Vu :

- la requête au fond de Mme C épouse A enregistrée sous le n°2403149 le 30 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 22 août 2024 à 14 heures 30 en présence de Mme Grare, greffière d'audience, lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Lecareux, représentant Mme C épouse A, qui reprend, en les développant les moyens et arguments exposés dans sa requête en insistant en outre sur ce que :

- l'urgence est établie par les difficultés financières qui résulteront prochainement de la fin de son engagement, alors qu'elle était susceptible de surcroît de bénéficier à compter du 1er septembre 2024 d'un contrat conclu pour une durée indéterminée ;

- l'entretien du 7 mai 2024 au cours duquel elle été informée de l'intention de son employeur de ne pas renouveler son engagement présentait un caractère informel de sorte qu'elle n'a pu bénéficier des garanties procédurales tenant aux formes et délais de convocation et à la possibilité de se faire assister, appropriées à la défense de ses intérêts ;

- les fonctions de référent de handicap qu'elle exerce répondent à un besoin permanent et les difficultés budgétaires dont il est fait état ne concernent pas l'unité en charge de formation des apprentis.

- et les observations de M. D, représentant l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Ribecourt qui reprend l'argumentaire déjà exposé en insistant sur ce que :

- il n'est pas justifié que la fin d'engagement de la requérante emportera des conséquences financières graves et immédiates sur la situation de celle-ci, alors, notamment qu'elle est susceptible de percevoir l'allocation pour adultes handicapés ;

- l'intention de non renouvellement a bien été exposée préalablement à Mme C épouse A lors de l'entretien qui a eu lieu le 7 mai 2024 et qui n'est pas soumis au formalisme dont se prévaut l'intéressée ;

- la requérante n'exerce pas ses fonctions pour l'unité de formation des apprentis mais pour les stagiaires du centre de formation professionnelle qui connaît une baisse importante d'activité depuis le début de l'année sans amélioration prévisible à court terme, ce qui conduira à proposer la suppression de son poste dédié essentiellement à l'ingénierie devenu inutile pour prendre en charge les 22 stagiaires attendus. Les seules fonctions de référente handicap ne suffisent pas, par leur nature et le volume d'activité qu'elles présentent, à justifier le renouvellement de son engagement.

En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, l'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. Mme C épouse A a été recrutée par un contrat à durée déterminée conclu à effet du 1er octobre 2018 au 31 août 2019, en qualité d'animatrice et de formatrice au sein du centre de ressources de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Ribecourt pour une quotité de travail de 50% d'un emploi à temps complet. Ce contrat a été renouvelé jusqu'au 31 août 2020 à temps plein sur les fonctions de formatrice en enseignement général et accompagnement de projet professionnel et animatrice au sein du centre de ressources, puis annuellement jusqu'au 31 août 2024, en dernier lieu à raison d'une quotité de travail de 50%, pour exercer des fonctions de chargée d'ingénierie de parcours de formation. Par un courrier du 28 mai 2024, le chef d'établissement l'a informée que son contrat ne serait pas renouvelé au-delà de son échéance.

3. Pour demander au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, Mme C épouse A soutient d'une part, que celle-ci a été prise sur une procédure irrégulière, dès lors que l'entretien du 7 mai 2024 au cours duquel elle a été informée de l'intention de ne pas renouveler son engagement ne présentait pas les garanties procédurales tenant à l'indication de son objet, au respect d'un délai de convocation de cinq jours ouvrables, à la possibilité d'être assistée de la personne de son choix, d'autre part, que cette décision, prise dans le seul but d'éviter de reconduire son engagement pour une durée indéterminée et susceptible de présenter un caractère discriminatoire compte tenu de sa situation de handicap, ne repose sur aucune considération tenant à l'intérêt du service ou à sa manière de servir susceptible de la fonder légalement. Au regard des échanges entre les parties et des pièces produites, et en particulier des fonctions attachées à l'emploi occupé par Mme C épouse A, qui concernent pour l'essentiel le suivi des stagiaires du centre de formation professionnelle dont il n'est pas contesté qu'il est confronté à une baisse très importante et durable de son activité, et alors qu'il n'apparaît pas que les tâches exercées par la requérante ne pourraient être réparties à l'avenir entre les agents en place, aucun de ces moyens n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, que la requête de Mme C épouse A doit être rejetée. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que l'établissement public local d'enseignement de formation professionnelle agricole de Ribecourt présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Ribecourt présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et à l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole de Ribecourt.

Fait à Amiens, le 27 août 2024,

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403089

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