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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403093

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403093

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024, M. B A, représenté par

Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le Sénégal comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet a statué sur sa demande de titre de séjour avant de statuer sur sa demande d'autorisation de travail ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne l'a pas invité à produire son autorisation de travail ou la preuve de la demande de cette dernière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 septembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle et fixé la contribution à 55%.

Par ordonnance du 31 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes du 1er août 1995 ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, conseiller,

- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 1er janvier 2002, déclare être entré sur le territoire français en septembre 2018. Le 23 janvier 2024, l'intéressé a demandé le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 11 juillet 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le Sénégal comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à

M. A vise les dispositions légales et les stipulations de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de la situation personnelle et professionnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en indiquant que

M. A n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Sénégal, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, la décision accordant à M. A le bénéfice d'un délai de départ volontaire de trente jours n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en l'absence de demande par l'intéressé d'un délai plus long que celui de droit commun. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'aucune demande d'autorisation de travail de M. A n'était en cours d'instruction à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le requérant ne saurait utilement soutenir que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière en tant que le préfet aurait statué sur sa demande de titre de séjour avant de statuer sur sa demande d'autorisation de travail.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".

5. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes, que le préfet peut refuser d'enregistrer. Par suite, la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à ces demandes.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions précitées de l'article L.114-5 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, si, aux termes de l'arrêté attaqué, le préfet a noté que M. A n'avait pas présenté d'autorisation de travail, il s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé ne remplissait pas les conditions, d'une part, de l'article 5 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 en l'absence de contrat de travail visé par le ministère du travail et, d'autre part, de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'absence d'une autorisation de travail, circonstances qui constituent des motifs distincts de celui de l'incomplétude du dossier. En se fondant sur ces motifs, le préfet n'a pas estimé que la demande présentée était incomplète mais a porté une appréciation sur le bien-fondé de celle-ci au regard des conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations et des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France au cours du mois de septembre 2018 et, dès lors, ne justifie pas d'une ancienneté particulière de présence sur le territoire français. Célibataire et sans enfants, M. A ne se prévaut d'aucune attache familiale ou personnelle en France. Si l'intéressé se prévaut d'un contrat de travail à durée déterminée à temps partiel en qualité de retoucheur conclu le 3 juillet 2023, cette circonstance ne suffit pas à établir qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vit sa mère. Dans ces conditions, alors même que M. A ne représente pas une menace à l'ordre public, le préfet de l'Aisne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé en prenant l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tourbier et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

M. Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

La présidente,

Signé

F. Demurger

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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