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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403213

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403213

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. C, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du 31 juillet 2024 de la préfète de l'Oise l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, jugeant l'arrêté régulièrement signé et suffisamment motivé. Il a également rejeté le moyen tiré de l'erreur de droit, considérant que les nouvelles dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi du 26 janvier 2024, étaient applicables à la situation en cours de M. C. La solution retenue confirme la légalité de l'assignation à résidence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 21 août 2024, M. A C, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui remettre son passeport ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que la préfète a fait application des dispositions nouvelles issues de la loi du 26 janvier 2024 ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- l'arrêt du 11 juillet 2023 de la Cour administrative d'appel de Douai n°22DA02152.

La présidente du Tribunal a désigné M. Beaujard, conseiller, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 22 août 2024 à 11 heures :

- le rapport de M. Beaujard, magistrat désigné,

- et les observations de Me Sun Troya, substituant Me Monconduit, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien, né le 21 mai 1995, a été assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours par un arrêté de la préfète de l'Oise en date du 31 juillet 2024. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 30 octobre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour et produite à l'instance. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de justice administrative : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

4. L'arrêté assignant M. C à résidence vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que l'intéressé a fait l'objet, par un arrêté du 26 janvier 2022, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation du requérant, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas de sa motivation que la préfète se soit abstenue de procéder à un examen complet de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue du 2° du VI de l'article 72 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 : " () IV. - L'article 72, à l'exception du 2° du VI, () [entre] en vigueur à une date fixée par décret en Conseil d'Etat, et au plus tard le premier jour du septième mois suivant celui de la publication de la présente loi. Ces dispositions s'appliquent à la contestation des décisions prises à compter de leur entrée en vigueur () ".

6. Il résulte des dispositions des articles 1er et 2 du code civil que, si elle n'en dispose pas autrement, la loi nouvelle entre en vigueur le lendemain de sa publication, sous réserve de celles de ses dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application, et n'a pas d'effet rétroactif. Elle s'applique ainsi immédiatement aux situations en cours, sous réserve des situations juridiquement constituées à la date de son entrée en vigueur.

7. Les nouvelles dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent, sous les autres conditions qu'elles prévoient, l'assignation à résidence d'un étranger ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant, alors que ce délai était précédemment fixé à un an, avant que les dispositions du 2° du VI de l'article 72 de la loi du 26 janvier 2024 entrent en vigueur, le lendemain de la publication de cette loi. Il résulte des dispositions transitoires de la même loi, énoncées en son article 86, que ces nouvelles dispositions de l'article L. 731-1 sont immédiatement applicables aux décisions prises à compter du 28 janvier 2024, date de leur entrée en vigueur.

8. En l'espèce, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois, édictée le 26 janvier 2022. L'intéressé s'est abstenu d'exécuter cette mesure, dont le caractère exécutoire a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai en date du 11 juillet 2023. Par la décision en litige du 31 juillet 2024, la préfète de l'Oise a assigné à résidence M. C, sur le fondement des nouvelles dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il ne ressort d'aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une obligation de quitter le territoire français deviendrait caduque à défaut d'avoir été exécutée à l'issue d'un délai déterminé. Si les anciennes dispositions de l'article L. 731-1 de ce code faisaient obstacle à l'assignation à résidence d'un étranger sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français prise plus d'un an auparavant, elles n'avaient ni pour objet ni pour effet de mettre fin aux effets de la mesure d'éloignement, l'étranger demeurant tenu de l'exécuter. Il s'ensuit que l'écoulement du temps depuis l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. C, le 26 janvier 2022, n'a pas, en lui-même, eu pour effet de placer l'intéressé dans une situation juridiquement constituée, faisant obstacle à ce que la loi du 26 janvier 2024 attache de nouvelles conséquences juridiques à cette mesure d'éloignement, dont le caractère exécutoire a en outre été confirmé en appel par l'arrêt précité du 11 juillet 2023. Dès lors, en se fondant sur la décision du 26 janvier 2022, la préfète de l'Oise a pu, sans méconnaître le principe de non-rétroactivité des lois et le principe de sécurité juridique, et sans commettre d'erreur de droit, prendre à l'encontre de M. C une décision l'assignant à résidence, en faisant application immédiate des dispositions nouvelles de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, il était loisible à l'intéressé de faire sérieusement valoir, le cas échéant, des circonstances de fait ou de droit nouvelles intervenues depuis l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

10. En quatrième lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que la préfète a assigné à résidence M. C sur le fondement du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la suite de son interpellation par les services de police. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par l'intéressé, que M. C a fait l'objet, par arrêté du 26 janvier 2022 du préfet de la Somme, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, devenue définitive à la suite du rejet de son appel par un arrêt 11 juillet 2023 rendu par la cour administrative d'appel de Douai. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En outre, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "'1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

12. M. C soutient que la décision attaquée, en ce qu'elle lui fait interdiction de quitter le département de l'Oise, l'empêche d'accéder aux soins dont il a besoin et qu'il indique suivre dans la commune de Cergy (Val d'Oise). Cependant, s'il est constant que l'état de santé de M. C nécessite le suivi d'un traitement, il n'établit nullement que les soins requis ne seraient disponibles que dans le département du Val d'Oise, ni, a minima, qu'il n'aurait pas accès à des soins suffisants dans le département de l'Oise où il est assigné, alors, au surplus, que son traitement est également disponible dans le pays de renvoi défini par l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fondé sur la même argumentation, ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Oise en date du 31 juillet 2024. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation, et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : la requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. BEAUJARD

Le greffier,

Signé

P. VROMAINE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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