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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403229

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403229

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403229
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B A. Ce dernier contestait son placement en cellule disciplinaire, invoquant une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales, notamment le droit de ne pas subir de traitements inhumains et dégradants. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant n'ayant pas démontré que la situation nécessitait une intervention dans un délai de quarante-huit heures. La demande a été rejetée par une ordonnance motivée, sans audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2024 à 18h16, M. B A, représenté par Me Zadourian, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Beauvais de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à son placement en cellule disciplinaire ;

2°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3 °) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- l'urgence est présumée en ce qui concerne une mesure de placement en quartier disciplinaire d'un détenu ; qu'en l'espèce il a été sanctionné de 20 jours de placement en cellule disciplinaire dont 10 avec sursis par une décision du 4 juillet 2024 et que cette décision a été mise à exécution le 7 août 2024 ;

Sur l'existence d'une atteinte manifeste à des libertés fondamentales :

- les décisions du directeur du centre pénitentiaire de Beauvais portent une atteinte manifeste au droit de ne pas subir de traitements inhumains et dégradants garanti par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et au droit d'être détenu dans des conditions respectueuses du principe de dignité humaine ; qu'en l'espèce, le placement en cellule disciplinaire résultant d'une procédure irrégulière et motivée par la volonté de le sanctionner constitue une atteinte aux droits fondamentaux précités ;

- cette atteinte est grave au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative dès lors qu'il a été convoqué en commission de discipline le lendemain de la réception par le directeur d'un recours hiérarchique contre une décision instituant un régime exorbitant de fouilles ;

- les illégalités de ces atteintes sont manifestes dès lors que le compte rendu d'incident ayant conduit à la sanction disciplinaire n°20240000375 n'a été établi que le lendemain des faits, qu'il est insuffisamment précis en ce qui concerne les faits rapportés, qu'il ne contient pas le nom de de son auteur, en violation des articles R.234-12 du code pénitentiaire et de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ; que la faute disciplinaire reprochée n'est pas établie en l'absence de caractérisation suffisante de l'existence d'un produit stupéfiant au sens de l'article 222-41 du code pénal ;

- le compte rendu d'incident ayant conduit à la sanction disciplinaire n°2024000376 est entaché des mêmes illégalités relatives à la tardiveté de l'établissement du rapport, de l'absence de mention du nom de son rédacteur, et de l'absence de matérialité des faits, de sorte que la sanction disciplinaire est entachée de nullité ;

- le compte rendu d'incident ayant conduit à la sanction disciplinaire n°2024000377 ne comporte pas le nom de son auteur et les faits qu'il rapporte ne sont pas matériellement établis, de sorte que la procédure disciplinaire est nulle ;

- les faits ayant conduit à la sanction disciplinaire n°2024000378 ne justifient pas l'édiction d'une sanction dès lors qu'il n'a fait que manifester sa volonté d'exercer des voies de recours pour contester les mesures de fouilles intégrales systématiques dont il fait l'objet ;

- la convocation en commission de discipline dont il a fait l'objet est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- le directeur du centre pénitentiaire aurait dû laisser la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille prendre connaissance du recours préalable formé contre la sanction avant de la mettre à exécution.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans le délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique " et aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Il résulte des dispositions précitées que la mise en œuvre des pouvoirs particuliers prévus à l'article L. 521-2 est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions fixées à l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

3. Pour justifier d'une situation d'urgence au soutien de sa demande d'injonction de mettre fin à son placement en cellule disciplinaire, M. A, détenu au sein du centre pénitentiaire de Beauvais, soutient que l'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est présumée en cas de mise à exécution d'une décision de placement en cellule disciplinaire et précise qu'il a fait l'objet d'une sanction disciplinaire de placement en cellule disciplinaire pour 20 jours dont 10 avec sursis en date du 4 juillet 2024, dont la mise à exécution est intervenue le 7 août 2024.

4. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, la modification temporaire du régime de détention qui résulte pour l'intéressé de son placement en cellule disciplinaire, défini aux articles R. 235-6 et suivants du code pénitentiaire, ne peut, en l'absence de circonstances particulières, être regardée par elle-même comme constitutive d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Cette circonstance n'est pas établie par le seul fait que le placement en cellule disciplinaire est susceptible d'exécution immédiate. M. A ne fait état d'aucun autre fait ou élément, tenant notamment à son état de santé ou aux conditions de sa détention, de nature à caractériser une telle urgence.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'injonction sous astreinte de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présence ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille.

Fait à Amiens, le 8 août 2024.

La juge des référés,

Signé

C. Galle

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403229

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