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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403271

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403271

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de Mme B, ressortissante turque, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par la préfète de l'Oise le 20 juin 2024. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance des articles L. 425-1, L. 435-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, Mme A B, représentée par

Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juin 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que seule l'autorité judiciaire est compétente pour qualifier les faits dénoncés ;

- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de sa situation personnelle en France ;

- il méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de ses études en France ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé ;

- la décision attaquée méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pierre.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante turque née le 23 février 2005, déclare être entrée en France le 31 octobre 2022 avec son père. Elle a sollicité le 18 juillet 2023 son admission au séjour mais a vu cette demande rejetée par l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui fait également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 20 juin 2024 :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné à M. Fréderic Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, délégation à l'effet de signer notamment, toutes les décisions et actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente, faute de délégation à cette fin, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, et détaille la situation de Mme B par des considérations qui lui sont propres. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ".

6. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise s'est bornée à constater qu'à la date de la décision attaquée, l'autorité judiciaire n'avait pas qualifié les faits dénoncés par Mme B dans le cadre de ses plaintes comme constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise aurait elle-même procédé à la qualification des faits dénoncés, ni qu'elle pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement desdites dispositions à raison de la procédure pénale la concernant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est célibataire et sans enfants et elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales en Turquie où résident sa famille maternelle et sa sœur. Si elle est scolarisée en France depuis 2023 et a déposé plainte contre son oncle paternel pour des faits commis à son arrivée en France alors qu'il l'hébergeait, ces seules circonstances ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Dans ces conditions, compte-tenu de la situation de la requérante telle qu'elle vient d'être énoncée, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'il serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

11. Mme B, qui ne justifie pas de la détention d'un visa de long séjour, ni davantage d'une entrée régulière sur le territoire français, alors que ces conditions sont requises par les articles L. 412-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne pouvait, en tout état de cause, prétendre à la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", prévue par ces dernières dispositions.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Mme B ne justifie pas être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie en se prévalant de ce qu'elle aurait subi de tels traitements en France où une procédure pénale est en cours. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

14. D'une part, compte-tenu de ce qui précède, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a également été opposé.

15. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8, 9 et 13,

Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite méconnaitrait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 204.

La rapporteure,

Signé

A-L. Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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