mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403281 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ZADOURIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 août 2024, M. B A, représenté par
Me Zadourian, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 juillet 2024, mise en œuvre à compter du 7 août 2024, par laquelle la commission de discipline du centre pénitentiaire de Beauvais lui a infligé une sanction de mise en cellule disciplinaire pour une durée de 20 jours assortie d'un sursis partiel de 10 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie lorsqu'un détenu fait l'objet d'une mise en cellule disciplinaire ; que la décision du 4 juillet 2024 a été mise à exécution le 7 août 2024 pour une durée de 10 jours ;
- il existe des doutes sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que les comptes-rendus d'incidents fondant cette dernière ont été rédigés tardivement, sans que soient mentionnés les noms de leurs auteurs et alors qu'il n'est pas établi que leurs rédacteurs auraient été les témoins des incidents en cause ; que ces mêmes comptes-rendus sont entachés d'erreur de fait ; que les fouilles systématiques dont il a fait l'objet n'étaient pas justifiées et ont été accomplies dans des conditions contraires aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision litigieuse et les autres mesures attentatoires à ses libertés sont entachées de détournement de pouvoir, celles-ci constituant des représailles aux recours qu'il a exercés.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Lapaquette, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé citées notamment à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
3. Pour établir une situation d'urgence, M. A se borne à faire valoir que la décision, qui a pour objet son placement en cellule disciplinaire, lui fait grief, ce d'autant qu'elle a été mise à exécution le 7 août 2024.
4. Pour autant, si un placement en cellule disciplinaire, en application des dispositions de l'article R. 233-1 du code pénitentiaire, fait incontestablement grief à la personne détenue qui en fait l'objet, justifiant qu'il soit recevable à contester, au contentieux, la sanction ainsi prononcée, la seule modification temporaire du régime de détention qui en résulte ne suffit pas, en soi, à constituer une situation d'urgence au sens des dispositions précitées.
5. À cet égard, M. A ne fait valoir, à l'appui du moyen tiré de ce que la condition d'urgence est remplie, aucun fait ou élément, tenant à son état de santé, physique ou psychique, ou encore à une modification de son régime de détention que la sanction en litige engendrerait. Dans ces conditions, la situation du requérant ne peut pas être regardée comme caractérisant une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions à fin de suspension de M. A. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent également être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à
Me Zadourian. Copie en sera adressée pour information au centre pénitentiaire de Beauvais.
Fait à Amiens, le 14 août 2024.
Le juge des référés,
Signé :
A. Lapaquette
La République mande et ordonne au Garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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01/06/2026
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01/06/2026