jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403292 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 13 et 27 août 2024,
la SASU Les petits lutins de Montcornet, représentée par Me Rasquin, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le président du conseil départemental de l'Aisne a prolongé de deux mois, à compter du 5 septembre 2024, la fermeture à titre provisoire de l'établissement d'accueil du jeune enfant, micro-crèche " Les petits lutins ", située 14 rue Pétrot à Montcornet (Aisne) ;
2°) de condamner le conseil départemental de l'Aisne à verser une indemnité de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts ainsi qu'une somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision contestée, d'une part, bouleverse l'équilibre financier de la société qui gère trois établissements et emploie une vingtaine de salariés, et d'autre part, affecte l'état de santé de Mme Barrachin, présidente et gérante de la société requérante ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
* la nécessité de prolonger la fermeture de la micro-crèche de Montcornet résulte de l'absence de diligences du service de la protection maternelle et infantile et de l'acharnement personnel de certains agents de ce service à l'encontre de Mme Barrachin ;
* l'arrêté comporte une erreur de désignation de la société exploitant l'établissement et doit donc être regardé comme adressé à une personne qui n'existe pas ;
* compte tenu de ses lourdes conséquences sur la situation financière de l'établissement concerné, l'arrêté litigieux est manifestement illégal ;
* les motifs de la décision sont erronés dès lors qu'ils reposent sur des dénonciations d'anciennes salariées qui sont en conflit avec la responsable de l'établissement ou sur des appréciations erronées ou biaisées du service de contrôle sur les conditions de fonctionnement de la micro-crèche ;
* l'arrêté attaqué ne repose sur aucun élément objectif de nature à fonder la mesure de fermeture édictée ;
* il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
* la mesure de fermeture édictée par la décision attaquée est manifestement disproportionnée et témoigne d'une rupture d'égalité dans le traitement de l'administration, ce qui justifie la condamnation de cette dernière à verser 10 000 euros au titre des dommages et intérêts.
Par un mémoire, enregistré le 27 août 2024, le conseil départemental de l'Aisne, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SASU Les petits lutins de Montcornet une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux.
Vu :
- la requête enregistrée le 13 août 2024 sous le numéro 2403320 par laquelle la SASU Les petits lutins de Montcornet demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Demurger, présidente,
- les observations de Me Rasquin, représentant la SASU Les petits lutins de Montcornet, qui persiste dans ses écritures ;
- les observations de Me Lacoeuilhe, représentant le conseil départemental de l'Aisne, qui maintient ses conclusions.
La clôture de l'instruction a été prononcé à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la SASU Les petits lutins de Montcornet demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le président du conseil départemental de l'Aisne a prolongé de deux mois, à compter du 5 septembre 2024, la fermeture à titre provisoire de l'établissement d'accueil du jeune enfant, micro-crèche " Les petits lutins ", qu'elle exploite à Montcornet (Aisne).
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".
3. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, la SASU Les petits lutins de Montcornet soutient que la nécessité de prolonger la fermeture de la micro-crèche de Montcornet résulte de l'absence de diligences du service de la protection maternelle et infantile et de l'acharnement personnel de certains agents de ce service à l'encontre de Mme Barrachin, que l'arrêté contesté comporte une erreur de désignation de la société exploitant l'établissement et doit donc être regardé comme adressé à une personne qui n'existe pas, qu'au regard de ses lourdes conséquences sur la situation financière de l'établissement concerné, l'arrêté litigieux est manifestement illégal, que les motifs de la décision sont erronés dès lors qu'ils reposent sur des dénonciations d'anciennes salariées qui sont en conflit avec la responsable de l'établissement ou sur des appréciations erronées ou biaisées du service de contrôle sur les conditions de fonctionnement de la micro-crèche, que l'arrêté attaqué ne repose sur aucun élément objectif de nature à fonder la mesure de fermeture édictée, qu'il est entaché d'un détournement de pouvoir et, enfin, que la décision de prolongation pour deux mois de la fermeture d'établissement est manifestement disproportionnée et témoigne d'une rupture d'égalité dans le traitement de l'administration. Toutefois, en l'état de l'instruction, aucun de ces moyens ne paraît de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que les conclusions à fin de suspension de l'arrêté attaqué présentées par la SASU Les petits lutins de Montcornet doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Il ne relève pas de l'office du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de statuer sur des demandes indemnitaires. La demande présentée en ce sens par la requérante est irrecevable et doit être rejetée.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du conseil départemental de l'Aisne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SASU Les petits lutins de Montcornet demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SASU Les petits lutins de Montcornet une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le conseil départemental de l'Aisne et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SASU Les petits lutins de Montcornet est rejetée.
Article 2 : La SASU Les petits lutins de Montcornet versera une somme de 1 000 euros au conseil départemental de l'Aisne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SASU Les petits lutins de Montcornet et au président du département de l'Aisne.
Fait à Amiens, le 29 août 2024.
La présidente du tribunal,
Signé :
F. DemurgerLa greffière,
Signé :
N. Wrobel
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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