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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403299

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403299

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. et Mme A et C B, représentés par Me Homehr, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

M. et Mme B soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne prend pas en compte la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouvent les requérants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 511- 16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que leur situation a évolué avec l'entrée en maternelle de leur enfant ;

- elle méconnaît les stipulations du 1er paragraphe de l'article 3 et des articles 6, 22 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil impacte grandement leurs enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 septembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Amiens a rejeté la demande d'aide juridictionnelle formée par Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :

- le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée,

- les observations de Me Porcher, représentant M. et Mme B, assistés de Mme D, interprète en langue kurde, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que Mme B souffre de pathologies ayant conduit à son hospitalisation de trois jours au mois d'avril 2024, ce qui constitue une situation de vulnérabilité justifiant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

- les observations de M. et Mme B ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A et C B, ressortissants turcs nés le 14 septembre 1986 et le 20 mai 1988, sont entrés en France le 1er novembre 2023. Ils demandent l'annulation de la décision du 2 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le cadre de leur demande de réexamen, en procédure accélérée, de leur demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas

suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Et aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".

3. Premièrement, la décision attaquée, qui vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment son article L. 551- 15, mentionne qu'elle a été prise après examen des besoins des requérants et de leur situation personnelle et familiale, et indique les noms, prénoms et dates de naissance de leurs quatre enfants. Par ailleurs, il ressort des pièces produites par l'OFII en défense qu'un nouvel entretien de vulnérabilité a été réalisé le 2 août 2024. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision litigieuse est insuffisamment motivée et que leur vulnérabilité n'a pas été prise en compte avant l'édiction de cette décision. Un tel moyen doit donc être écarté.

4. Deuxièmement, si les requérants soutiennent que leur situation personnelle et familiale a évolué et se prévalent de l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant que la décision litigieuse a été prise sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-15 du même code. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir du changement de leur situation personnelle pour soutenir que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 511-16 de ce code. En tout état de cause, il ressort de l'entretien de vulnérabilité réalisé le 2 août 2024 que les requérants, ainsi que leurs enfants, sont hébergés de manière stable par le frère de M. B à Soissons. Si les requérants se prévalent de l'entrée en maternelle de leur dernier enfant, cette seule circonstance n'est pas susceptible de caractériser une situation de vulnérabilité. En outre, il ressort des pièces produites par l'OFII en défense, et notamment de l'avis médical du 16 avril 2024 réalisé dans le cadre du réexamen de la demande de d'asile de Mme B, que le médecin coordinateur de zone a recommandé, considérant les éléments du dossier médical fourni par l'intéressée, un suivi spécialisé sans caractère d'urgence à l'hébergement. A ce titre, si les requérants produisent à l'audience des documents médicaux relatifs à l'état de santé de Mme B, qu'ils indiquent avoir transmis à l'OFII dans le cadre de leur demande de réexamen de sa demande d'asile, il ne ressort pas de ces pièces que la pathologie dont elle souffre la place dans une situation de particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. En second lieu, d'une part, les stipulations des articles 6, 22 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant, relatives au droit à la protection et à l'éducation, créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux individus. Par suite, les requérants ne peuvent utilement s'en prévaloir dans la présente instance.

6. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Les requérants soutiennent que la décision attaquée porte atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants, dès lors qu'elle les prive d'accès à un niveau de vie suffisant et que les enfants sont contraints de dormir tous ensemble dans une même chambre, ce qui engendrerait des discriminations à l'école. Toutefois, et alors, ainsi qu'il l'a été dit au point 4 du présent jugement, que les requérants, hébergés de manière stable, ne se trouvent pas dans une situation d'une particulière vulnérabilité, de telles circonstances ne permettent pas d'établir que la décision a été prise en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 août 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

J. PARISI

La greffière,

Signé :

S. GRARE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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