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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403306

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403306

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2024, M. B A, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet de la Somme a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Sénégal comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il est recevable dans son action ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et a été pris sans examen sérieux de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable au regard du principe de l'autorité de la chose jugée et de la tardivité de la demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans ses dispositions applicables de la date d'intervention de la décision attaquée ;

- le code de justice administrative, dans ses mêmes dispositions.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 11 septembre 2024.

A été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Truy, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 15 novembre 1984, est entré en France le 16 mai 2020 muni d'un visa de court séjour. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié le 19 novembre 2020. Après le rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 septembre 2021 et la Cour nationale du droit d'asile le 17 août 2022, il a fait l'objet, le 3 octobre 2022, d'une première décision portant obligation de quitter le territoire français. M. A a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 3 mai 2023 auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Cette demande a fait l'objet d'un rejet le 5 mai 2023, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 12 septembre 2023. Par un arrêté du 6 décembre 2023, le préfet de la Somme a abrogé et refusé de renouveler l'attestation de demande d'asile de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A en demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision ".

3. Le préfet de la Somme a obligé M. A à quitter le territoire français en se fondant sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifiée à l'intéressé par courrier recommandé avec accusé de réception dont le pli a été présenté à son domicile le 8 décembre 2023, revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La notification de l'arrêté en litige doit donc être réputée être régulièrement intervenue à cette dernière date. Le recours en annulation formé le 13 août 2024, soit au-delà du délai de recours contentieux de quinze jours, est irrecevable comme tardif.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

5.Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle () de l'avocat est retiré () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle () a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable () ". L'article 51 de cette loi précise que : " Le retrait de l'aide juridictionnelle peut intervenir en cours d'instance et jusqu'à un an après la fin de l'instance. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé : () / 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50 ". En outre, l'article 65 du décret du 28 décembre 2020 relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () Lorsque la procédure engagée par le bénéficiaire de l'aide a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable, le retrait est prononcé par la juridiction saisie qui en avise le bâtonnier et le bureau d'aide juridictionnelle () ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la présente procédure engagée par M. A, bénéficiant de l'aide juridictionnelle, est manifestement irrecevable. Par suite, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée au requérant par la décision 20247/0148 du 11 septembre 2024 visée ci-dessus.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. A.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ndiaye et au préfet de la Somme.

Copie en sera adressée au bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau d'Amiens et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. Truy

La greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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