lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GHESQUIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 août 2024 et le 9 septembre 2024 Mme A C, représentée par Me Ghesquière demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'avis du 19 juin 2024 par laquelle le jury académique a estimé qu'elle n'était pas apte à se voir délivrer le certificat d'aptitude de professeur des écoles ;
2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 et de l'arrêté du 12 juillet 2024 par lesquels le recteur de l'académie d'Amiens l'a licenciée ;
3°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Amiens de la titulariser dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou, à défaut de convoquer de nouveau le jury académique afin de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le mémoire en défense devra être écarté des débats faute qu'il soit justifié de la qualité de sa signataire pour représenter l'Etat à l'instance ;
- l'urgence est caractérisée par la gravité des effets que l'éviction du service va emporter à très court terme sur sa situation dès lors que la baisse de rémunération qui en résultera l'empêchera de faire face aux charges fixes de la vie courante et ce alors qu'aucun intérêt public ne s'oppose à la mesure de suspension demandée ;
- l'avis du jury académique est entaché d'une motivation insuffisante ;
- il n'est pas justifié que la composition du jury respecte les prescriptions de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2022 s'agissant notamment de la qualité de maître formateurs du professeur des écoles qui y siège ;
- le principe de l'unicité du jury académique a été méconnu, dès lors qu'elle a été entendue le 13 juin 2024 par un jury composé de deux membres ;
- le délai de six jours séparant la réception du dossier d'évaluation de son stage de l'audition par le jury académique le 13 juin 2024 ne lui a pas permis de préparer utilement cet entretien ;
- la délibération du jury est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les rapports des inspections du 25 septembre 2023 et 16 mai 2024 présentent des contradictions, qu'il en est de même de la régression dans l'évaluation des compétences acquises entre l'année 2022/2023 et 2023/2024, que l'inspection du 16 mai 2024 a été réalisée sans qu'elle en ait été avertie au préalable et ne comporte aucun commentaire relatif aux compétences du référentiel qui n'auraient pas été acquises, contrairement aux prescriptions de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 et de la circulaire du 17 mars 2015, et qu'il n'a aucunement été tenu compte des difficultés particulières d'apprentissage rencontrées par neuf des élèves de la classe dont elle avait la charge ;
- cette délibération est fondée sur des faits matériellement inexacts s'agissant des insuffisances des fiches de préparation des cours, de la maîtrise de l'outil numérique, dont les élèves étaient dépourvus, de la prise en compte des conseils prodigués et du respect des programmes officiels qui lui sont reprochées alors au contraire que tant ses élèves, leurs parents et une de ses collègues ont reconnu son professionnalisme ;
- les vices dont est entachée la délibération du jury académique du 19 juin 2024 privent de base légale la décision de licenciement, exprimée par le courrier du 8 juillet 2024 et l'arrêté du 12 juillet 2024 du recteur d'académie.
Par un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, le recteur de l'académie d'Amiens conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la situation d'urgence invoquée n'est pas établie et qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées.
Par une requête enregistrée le 19 août 2024 sous le n°2403359, Mme C demande au tribunal d'annuler les décisions en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires ;
- l'arrêté du 15 mai 2024 du recteur de l'académie d'Amiens fixant la composition du jury académique chargé de l'évaluation et de la titularisation des professeurs des écoles stagiaires pour la session 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 9 septembre 2024 à 15 heures en présence de Mme Grare, greffière d'audience :
- le rapport de M. Binand, juge des référés,
- les observations de Me Ghesquière pour Mme C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant particulièrement sur :
- la situation d'urgence qui est constituée dès lors qu'elle ne perçoit aucun revenu de remplacement et qu'elle perdra le bénéfice du concours de professeur des écoles ;
- la composition irrégulière de la commission d'entretien constituée de deux membres seulement ;
- les contradictions entachant l'appréciation de sa pratique pédagogique à la fin de l'année 2023/2024, traduisant une régression incohérente par rapport à la 1ère année de stage de l'année scolaire précédente, ce alors que le rapport d'inspection en début d'année était au contraire très encourageant et alors que le dispositif personnalisé d'accompagnement et d'alerte (DPAA) de nouveau mis en place au cours de cette 2ème année était inutile puisqu'il qu'il avait été levé l'année précédente ;
- le changement de niveau de classe entre la 1ère et la 2ème année de stage et l'absence de prise en compte par le jury des difficultés d'apprentissage particulières rencontrées par 9 de ses élèves, dont l'un était proposé en Ulis ;
- le caractère lacunaire et erroné de la grille d'évaluation remplie le 16 mai 2024 sans mentionner de commentaires et sans faire état de la pratique différenciée d'accompagnement qu'elle a mise en place au moyen de fiches spécifiques notamment pour les élèves " dys " ;
- et les observations de M. B représentant le recteur de l'académie d'Amiens qui conclut aux mêmes fins par les mêmes motifs en faisant valoir particulièrement que :
- le mémoire en défense a été signé par une autorité ayant régulièrement reçue délégation ;
- le stage de Mme C a fait l'objet d'une prolongation régulière, en dépit d'un DPAA à l'issue de la 1ère année, prolongation que l'intéressée n'a pas contesté ; l'inspection en début de 2ème année a maintenu des réserves tout en relevant des axes de progrès, ce qui a conduit à renouveler le DPAA pour permettre à l'intéressée de conforter sa pratique professionnelle ; il n'est pas justifié du caractère particulièrement difficile de la classe ni de réelle pratique différenciée de l'enseignement dispensé, ni de l'utilisation adaptée de l'environnement numérique de travail effectivement déployé dans la classe ;
- Mme C a fait l'objet d'une inspection régulière à l'issue de sa dernière période de stage, qui n'a pas été inopinée au demeurant, a été régulièrement entendue par une sous-commission constituée conformément aux prescriptions de l'arrêté rectoral du
15 mai 2024 et a pu utilement faire valoir à cette occasion toutes ses observations sur l'appréciation de ses compétences ;
- au regard des avis concordants portés sur l'insuffisance de son aptitude professionnelle aux fonctions de professeur des écoles, les décisions attaquées ne sont entachées d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
- il n'appartiendrait pas au juge des référés d'enjoindre à prononcer la titularisation de la requérante même à titre conservatoire.
En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, l'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Aux termes de l'article 10 du décret du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles : " Les professeurs stagiaires accomplissent un stage d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans une école et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes de l'article 12 du même décret : " A l'issue du stage, les professeurs des écoles stagiaires sont titularisés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département dans le ressort duquel le stage est accompli, sur proposition du jury prévu à l'article 10. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat des écoles. () ". Aux termes de l'article 13 du même décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à renouveler le stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés, sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. () ". L'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 prévoit que le jury académique prévu à l'article 10 de ce décret est présidé par le recteur, qui en désigne les membres et qu'il peut se constituer en groupes d'examinateurs. Enfin, il résulte de la combinaison de l'article 5 de cet arrêté et de son article 8 que le jury, appelé à examiner l'aptitude des professeurs des écoles stagiaires qui accomplissent une seconde année de stage à être titularisés se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par arrêté ministériel, après avoir pris connaissance d'une part de l'avis de l'inspecteur de l'éducation nationale désigné par le recteur, établi obligatoirement après que le stagiaire a bénéficié d'une inspection, d'autre part de l'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire.
3. Mme C, nommée professeure des écoles stagiaires à compter de la rentrée de l'année scolaire 2022/2023 pour une durée d'un an, n'a pas été titularisée à l'issue de cette période de stage et a été autorisée par décision du 10 juillet 2023, après délibération du jury académique, à effectuer une seconde année de stage. Par une délibération du 19 juin 2024, le jury académique a estimé, au vu des éléments dont il disposait et des observations formulées par l'intéressée à l'occasion de son entretien avec la sous-commission constituée à cet effet qui l'avait reçue le 13 juin 2024, que Mme C, compte tenu du caractère insuffisant de ses aptitudes professionnelles, n'était pas apte à se voir délivrer le certificat d'aptitude de professeure des écoles. Par un courrier et un arrêté respectivement en date des 8 et 12 juillet 2024, le recteur de l'académie d'Amiens a licencié Mme C au terme de sa période de stage.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme Catherine Bellet-Lemoine, secrétaire générale de l'académie d'Amiens signataire du mémoire en défense, a agi dans le cadre de la délégation que le recteur d'académie lui a conférée par un arrêté du 19 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région des Hauts de France le 20 juillet 2023. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que ce mémoire doit être écarté des débats en raison d'un défaut d'habilitation de son signataire.
5. En second lieu, au soutien de sa requête tendant à la suspension de la délibération du jury académique et des décisions du recteur de l'académie d'Amiens procédant à son licenciement, Mme C fait valoir que l'inspection dont elle a bénéficié le 16 mai 2024 sans en être informée préalablement ne lui a pas permis de démontrer son aptitude à exercer ses fonctions et ne permet pas d'apprécier les compétences prévues au référentiel qui ne seraient pas acquises, que le délai de six jours entre sa convocation et l'entretien devant la commission du jury ne lui a pas permis de présenter utilement ses observations, que cette commission est irrégulièrement composée et méconnaît le principe d'unicité du jury, que l'avis du jury est entaché d'une insuffisance de motivation et enfin que les décisions contestées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation et reposent sur des faits inexacts, compte tenu, notamment, des contradictions avec le niveau de compétence qui avait été constaté à l'issue de la première année de stage et encore au début de la seconde année, ainsi que de l'absence de prise en considération tant des difficultés particulières d'apprentissage rencontrées par une partie de ses élèves, que des outils pédagogiques différenciés mis en place et des moyens informatiques à sa disposition. En l'état de l'instruction, aucun des moyens visés dans la présente ordonnance, n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin pour le juge du référé de se prononcer sur la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie sera adressée au recteur de l'académie d'Amiens.
Fait à Amiens, le 16 septembre 2024,
Le président, La greffière,
Signé : Signé :
C. BINAND S. GRARE
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403360
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026