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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403362

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403362

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, ressortissant pakistanais, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris du 10 juillet 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation, jugeant que la décision était fondée sur les critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que l'interdiction n'était pas disproportionnée compte tenu de la situation personnelle de l'intéressé. Enfin, le tribunal a rappelé que le signalement au fichier SIS ne constitue pas un acte décisoire susceptible de recours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 août 2024, enregistrée le 19 août 2024 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article

R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 25 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Kati, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement au fichier SIS ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle ne pouvait être édictée alors que son recours devant la cour administrative d'appel de Douai contre l'arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français était pendant ;

- elle ne prend pas en compte les critères définis à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction prononcée est disproportionnée compte-tenu de sa situation personnelle en France ;

- la durée du signalement au fichier SIS n'est pas indiquée et l'ensemble des informations relatives aux modalités de traitement de ses données par le fichier ne lui ont pas été communiquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de Police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête contre l'arrêté du 10 juillet 2024 en tant qu'elles sont dirigées contre le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, qui ne présente aucun caractère décisoire.

M. A B, représenté par Me Kati, a présenté des observations le 12 décembre 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024.

Par ordonnance du 19 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pierre.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 15 janvier 2005, déclare être entré en France en octobre 2021 où il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Par un arrêté du 30 novembre 2023, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Sa requête contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal du 14 mars 2024 puis par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 6 novembre 2024. A la suite de son interpellation le 10 juillet 2024, il a fait l'objet par un arrêté du même jour du préfet de police de Paris d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois dont il demande l'annulation.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme C D, signataire de l'arrêté en litige, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs.

5. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision d'interdire le requérant de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, le préfet de police a, par des considérations qui sont propres à la situation personnelle de l'intéressé, pris en compte la durée de séjour en France de M. B, l'absence d'attaches familiales en France et la circonstance qu'il s'est soustrait à une mesure d'éloignement bien qu'il ne présente pas une menace à l'ordre public. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, les moyens tirés d'un défaut d'examen particulier ou d'une erreur de droit pour n'avoir pas tenu compte des critères définis à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent également être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise après que le jugement du tribunal du 14 mars 2024 a rejeté les conclusions à fin d'annulation de M. B dirigées contre l'arrêté du 30 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, alors que le recours formé devant la cour administrative d'appel de Douai par

M. B n'était pas suspensif, le préfet de Police n'a pas entaché sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'illégalité en l'édictant en dépit de ce recours en appel.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est présent en France depuis octobre 2021, est célibataire et sans enfants et n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dont il avait fait l'objet. Par suite, compte-tenu de sa situation personnelle, alors même qu'il ne présente pas une menace à l'ordre public, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait disproportionnée.

9. En dernier lieu, en informant M. B qu'il ferait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qui ne peut être que pour la durée de l'interdiction de retour, le préfet de police s'est borné à mettre en œuvre l'information prévue par les dispositions de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les modalités de cette information sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police de Paris et à Me Kati.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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