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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403363

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403363

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a annulé l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise avait renouvelé l'assignation à résidence de M. B, un ressortissant congolais, pour une durée de quarante-cinq jours. Le tribunal a jugé que cette décision portait une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en l'obligeant à résider à Beauvais alors que sa famille vit à Colombelles. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens. Les textes appliqués sont l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et les articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 pour les frais d'instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2024, M. A B, représenté par Me Scelles, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise a renouvelé pour quarante-cinq jours, l'assignation à résidence dont il avait fait l'objet le 3 mai 2024, à tout le moins en tant que cette assignation fixe le département de l'Oise comme lieu d'exécution, ou, à titre subsidiaire, de fixer comme lieu d'exécution de l'assignation son domicile familial situé 13 rue Rouget de l'Isle à Colombelles, avec obligation de signature au commissariat de police de Caen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent et le nom de l'agent notificateur n'y figure pas ;

- la décision attaquée est disproportionnée ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles 2.1 du protocole n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de l'Oise a produit des pièces enregistrées le 23 août 2024.

M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pierre, première conseillère, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, le rapport de Mme Pierre et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 7 avril 1980, déclare être entré en France en 2015. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai le 2 mai 2024. La requête déposée contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Lille du 23 mai 2024. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'avait également assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par l'arrêté attaqué du 9 août 2024, la préfète de l'Oise a renouvelé cette assignation pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B réside à Colombelle auprès de sa compagne et de leurs trois enfants. Par suite, en l'assignant à résidence sur le territoire de la commune de Beauvais au seul motif qu'il s'agit de son lieu d'interpellation, la préfète de l'Oise a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise a renouvelé pour une durée de quarante-cinq jours l'assignation à résidence dont il avait fait l'objet.

Sur les frais d'instance :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, et sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Scelles de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 9 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise a renouvelé pour une durée de quarante-cinq jours l'assignation à résidence dont M. B avait fait l'objet par arrêté du 3 mai 2024 est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Scelles une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Scelles.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A-L Pierre

Le greffier,

Signé

P. Vromaine

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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