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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403377

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403377

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. D, ressortissant marocain, contestant un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour d'un an et d'une assignation à résidence. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la préfète ayant délégué sa signature à la sous-préfète de Senlis. Il a jugé la décision d'éloignement suffisamment motivée et non entachée d'erreur manifeste d'appréciation, malgré l'insertion professionnelle du requérant, compte tenu de ses attaches familiales au Maroc. Enfin, le refus de délai de départ volontaire a été validé sur le fondement de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2024, M. C D, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ensemble l'arrêté du même portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de son insertion en France ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'il ne s'est soustrait à aucune précédente mesure d'éloignement, ni ne présente une menace à l'ordre public ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est disproportionnée et méconnait la présomption d'innocence telle que protégée par l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

Sur l'assignation à résidence :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée est illégale en tant qu'elle ne précise pas si elle est applicable les jours fériés et chômés ;

- l'obligation de se présenter à la gendarmerie de Crépy-en-Valois trois fois par semaine, la désignation de la plage horaire comprise entre 5h30 et 7h30 pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside et l'interdiction de quitter le département de l'Oise sans autorisation sont disproportionnées et l'empêche de poursuivre son activité professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pierre, première conseillère, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, le rapport de Mme Pierre.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain, né le 29 mars 1992, est entré en France en novembre 2019. A la suite d'une interpellation, il a fait l'objet le 15 août 2024 d'un arrêté par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il a fait l'objet le même jour d'un arrêté portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Il demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à plusieurs décisions :

4. Par un arrêté du 30 octobre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à Mme A B, sous-préfète de Senlis, à l'effet de signer notamment, dans le cadre des permanences des membres du corps préfectoral qu'elle est amenée à assurer pour l'ensemble du département, toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ()'".

6. Il résulte des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte l'indication des motifs de droit et de fait qui en constitue le fondement et détaille la situation du requérant par des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, qui est célibataire et sans enfant, est arrivé en France en 2019. Si une de ses sœurs réside en France, il est constant que le reste de sa fratrie réside au Maroc. Dans ces conditions, alors même que M. D établit avoir occupé plusieurs emplois en France depuis son arrivée, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () /2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; () ".

9. Il ressort de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise a pris en compte les circonstances que M. D s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa touristique sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a utilisé un faux titre de séjour italien, circonstances établies par les pièces du dossier et au demeurant non contestées par l'intéressé. Par suite, alors que le requérant présentait à ce titre un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet au sens du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Oise pouvait à bon droit refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. En outre, il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision en ne se fondant que sur ce motif. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est-à-tort qu'un délai de départ volontaire lui a été refusé alors qu'il ne présenterait pas une menace à l'ordre public ou ne se serait pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision d'interdire M. D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, la préfète de l'Oise a pris en compte la durée de séjour en France de l'intéressé, les attaches familiales dont il dispose alors que celles-ci n'apparaissent pas intenses et la circonstance que, s'il n'avait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il était, en revanche, susceptible de présenter une menace à l'ordre public.

12. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. D détient un chien de garde de catégorie II sans pouvoir justifier d'un permis de détention, y compris dans le cadre de la présente instance, ce qu'il était loisible à la préfète de l'Oise de prendre en compte pour apprécier la menace à l'ordre public qu'est susceptible de faire peser l'intéressé, sans que celui-ci ne puisse utilement se prévaloir de la présomption d'innocence telle que protégée par l'article 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, alors même que l'infraction qui en résulte aurait fait l'objet d'un classement sans suite. Dans ces conditions et compte-tenu de la situation personnelle de M. D telle qu'exposée au point 7, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait disproportionnée.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

14. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui comporte l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et expose la situation de M. D par des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de sa motivation insuffisante doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

16. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. D, qui est célibataire et sans enfant et qui a été assigné à résidence à son domicile, ferait obstacle à ce qu'il soit assigné à résidence selon les modalités retenues par la décision attaquée qui prévoit une présentation au commissariat de police trois fois par semaine, fixe la plage horaire de 5h30 à 7h30 pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside et lui interdit de quitter le département de l'Oise. A cet égard, il n'apporte aucune précision quant à son allégation que la plage horaire ainsi définie ne lui permettrait pas de se rendre sur le lieu de son travail.

17. En dernier lieu, alors que compte-tenu de la date de notification de l'arrêté attaqué et de sa durée de quarante-cinq jours, aucun jour férié ou chômé n'est susceptible d'être concerné, la circonstance que cet arrêté ne précise pas si l'obligation de présentation s'applique de tels jours, comme le prévoit l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur sa légalité.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. D doit être rejetée y compris les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A-L Pierre

Le greffier,

Signé

P. Vromaine

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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