mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024, par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside sur le territoire avec son épouse et ses enfants ;
- l'arrêté attaqué porte également atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, et contrevient aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont scolarisés en France ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il craint pour sa sécurité et celle des membres de sa famille en cas de retour en République démocratique du Congo, la situation de menace exposée dans sa demande d'asile demeurant d'actualité.
II. Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024, Mme D C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024, par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de la convention de Genève relative au statut des réfugiés et le protocole signé à New-York le 31 janvier 1967 relatif au statut des réfugiés ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside sur le territoire avec son époux et ses enfants ;
- l'arrêté attaqué porte également atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, et contrevient aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont scolarisés en France ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article L. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, complétée par le protocole relatif au statut des réfugiés du 31 janvier 1967 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thérain, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme C, ressortissants congolais, nés respectivement le 11 novembre 1987 et le 20 mai 1988, déclarent être entrés en France les 19 avril 2023 et 23 septembre 2022. Les intéressés ont sollicité l'asile les 7 juin 2023 et 27 octobre 2022 mais ont vu ces demandes rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides les 9 octobre et 20 mars 2023 que par la Cour nationale du droit d'asile le 14 juin 2024. Par des arrêtés du 30 juillet 2024, dont ils demandent l'annulation par des requêtes qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, la préfète de l'Oise a refusé de leur délivrer les titres de séjour demandés, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de ces mesures et a prescrit à leur encontre des interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme C sont entrés sur le territoire français les 19 avril 2023 et 23 septembre 2022 accompagnés de leurs quatre enfants. Si les requérants soutiennent que les décisions attaquées portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale issu des stipulations précitées, dès lors que leurs enfants sont scolarisés en France, ils ne démontrent pas que leur scolarité ne puisse se poursuivre normalement dans leur pays d'origine, où leurs enfants ont vocation à les accompagner. Par suite, alors que les requérants ne se prévalent pas d'autres attaches personnelles et ne démontrent d'ailleurs pas en être dépourvus dans leur pays d'origine, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées porteraient atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et méconnaitraient les stipulations précitées doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
5. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il n'est pas démontré que la scolarité des enfants mineurs de M. B et Mme C ne puisse se poursuivre normalement dans leur pays d'origine, alors qu'ils ne sont par ailleurs présents sur le territoire français que depuis une date récente. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que l'arrêté méconnaîtrait les stipulations précitées doivent être écartés.
6. Considérant, en second lieu, qu'aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les requérants, dont les demandes d'asile ont au demeurant été rejetées, seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, alors que les persécutions politiques dont ils se prévalent ne sont pas établies. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations précitées.
8. Les autres moyens des requêtes sont dépourvus des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, comme tels, être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requêtes de M. B et Mme C doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme D C et au préfet de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- M. Wavelet, premier conseiller,
- M. Harang, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
S. Thérain
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Wavelet
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2403462 et 2403608
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