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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403515

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403515

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision l'assignant à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable ;

- cette mesure emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation, dès lors qu'il est domicilié à Creil mais suit une formation supérieure dans un établissement situé en dehors du département de l'Oise ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de préciser si l'obligation de présentation à la gendarmerie de Creil s'applique également lors des jours fériés ou chômés.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 13 septembre 2024, des pièces au dossier.

M. A a déposé, par l'intermédiaire de son conseil, une demande d'aide juridictionnelle le 4 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 22 avril 2003, a été interpellé par les services de police nationale de Creil le 29 août 2024 pour défaut de permis de conduire et infraction à la législation sur les étrangers. Par un arrêté du 29 août 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer d'office son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

5. M. A, qui a fait l'objet, par un arrêté du 30 octobre 2023 de la préfète de l'Oise notifié le 6 novembre 2023, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, à laquelle il n'a pas déféré, soutient qu'il n'existe plus de perspective raisonnable d'éloignement compte tenu de sa convocation le 17 décembre 2024 par le tribunal correctionnel de Senlis aux fins de notification d'ordonnance pénale. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que la perspective d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 30 octobre 2023 ne serait pas raisonnable. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Et aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 733- 1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : " 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

7. D'une part, si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et, notamment, préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. D'autre part, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

8. L'arrêté contesté portant assignation à résidence prévoit, à son article 2, que M. A devra se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Creil, sis 8 rue Michelet, à son article 3, qu'il devra demeurer à son domicile de 5h30 à 7h30 et, à son article 4, qu'il lui est fait interdiction de sortir du département de l'Oise sans autorisation.

9. Premièrement, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par la préfète en défense, que M. A poursuit, au titre de l'année 2024-2025, une formation de BTS " Production, Fluide, énergie, domotique option génie climatique et fluidique " au sein du lycée Viollet-Le-Duc situé à Villiers-Saint-Frédéric, dans le département des Yvelines. A défaut de toute précision quant aux jours et horaires précis de cette formation, le requérant n'établit pas que le suivi de cette formation serait incompatible avec l'obligation de se présenter trois fois par semaine, le matin, au commissariat de police de Creil et celle de demeurer à son domicile entre 5h30 et 7h30. En revanche, le suivi par M A de sa formation à Villiers-Saint-Frédéric, dans le département des Yvelines, n'est pas compatible avec l'interdiction qui lui est faite par l'arrêté litigieux de quitter le département de l'Oise sans autorisation. Dans ces conditions, et alors même que M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement et n'a pas vocation à poursuivre sa scolarité en France, l'intéressé est fondé à soutenir que les modalités d'exécution de la mesure d'assignation présentent, en ce qu'elles lui interdisent de quitter le département de l'Oise sans autorisation, un caractère disproportionné eu égard à l'objectif qu'elles poursuivent.

10. Deuxièmement, alors que compte-tenu de la date de notification de l'arrêté attaqué et de sa durée de quarante-cinq jours, aucun jour férié ou chômé n'est susceptible d'être concerné, la circonstance que cet arrêté ne précise pas si l'obligation de présentation s'applique de tels jours, comme le prévoit l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur sa légalité.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 août 2024 en tant qu'il lui interdit de quitter le département de l'Oise sans autorisation.

Sur les frais du litige :

12. M. A ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle et ayant été admis à l'aide juridictionnelle provisoire, il ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de M. A présentées sur le fondement de ces dispositions doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 29 août 2024 est annulé en tant qu'il interdit à M. A de quitter le territoire du département de l'Oise sans autorisation.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Oise et à Me Dogan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

J. PARISILa greffière,

Signé :

S. GRARE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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