lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 2 septembre 2024, la présidente du tribunal administratif de Besançon a transmis à la présidente du tribunal administratif d'Amiens la requête de M. A C enregistrée, le 1er septembre 2024, au greffe du tribunal administratif de Besançon.
Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2024 au greffe du tribunal administratif d'Amiens, M. A C, représenté par Me Chartrelle, avocate de permanence, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Il soutient que la décision contestée :
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Un mémoire en défense a été produit par le préfet du Doubs le 18 septembre 2024. Il conclut au rejet d'une requête irrecevable car tardivement présentée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Truy, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Truy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Chartrelle, qui considère que la tardiveté de la requête n'est pas établie et celles de M. C, assisté de Mme B, interprète, qui insiste sur sa situation de concubinage stable en France et les circonstances l'ayant conduit à déclarer une autre adresse de domiciliation.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant moldave né le 25 octobre 1995, est entré sur le territoire français courant 2017 pour la première fois sans pouvoir justifier des conditions régulières de son entrée. Il a fait l'objet, à la suite d'une première interpellation, d'une obligation de quitter le territoire français le 21 février 2021, par le préfet de l'Essonne, à laquelle il n'a pas déféré. Le 23 mai 2024, M. C a été interpellé à l'occasion d'un accident routier ayant révélé que son permis de conduire était contrefait. Par un arrêté du 23 mai 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Doubs l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à sa frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Doubs a fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué précise que M. C a déclaré être entré en France sans être titulaire des documents prévus à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise les principaux éléments de la situation personnelle et familiale de M. C.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".
4. Il est constant que M. C ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire national et s'y est maintenu en dépit des obligations de quitter le territoire prises à son encontre. Par suite, il entrait dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel l'autorité administrative peut l'obliger à quitter le territoire français.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C se maintient sans les autorisations requises sur le territoire et qu'il ne démontre pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. En outre, si l'intéressé soutient qu'il travaille et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il n'établit toutefois pas la réalité et l'intensité des liens avec les membres de sa famille présents sur le territoire et notamment la circonstance qu'il serait marié ou vivrait en concubinage avec une ressortissante européenne selon ses déclarations successives. Il n'établit pas davantage l'ancienneté et la pérennité de cette relation. La circonstance que le requérant détiendrait un contrat de travail ne démontre pas son insertion sociale et professionnelle ancienne et stable en France. Dans ces conditions et alors même selon ses déclarations qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Doubs a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ou familiale.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : "Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ().
8. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. C, le préfet du Doubs s'est fondé sur le fait qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement, en application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et des 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présente aucun document de voyage en cours de validité. Par suite, il entrait dans les cas prévus au 2° et 8° de l'article L. 612-3 dans lesquels le risque de soustraction à une mesure d'éloignement peut être regardé comme établi. En outre, M. C ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à établir que le risque de soustraction à une mesure d'éloignement n'est pas établi. Par suite, le préfet pouvait légalement prendre la décision attaquée en se fondant sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors même qu'il ne constituerait pas, selon ses dires, une menace à l'ordre public.
9. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions citées au point 7 et détaille les motifs rappelés au point 8.
10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Doubs a procédé à un examen complet de sa situation personnelle avant de refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. C, en fonction des éléments déclarés par lui à l'occasion de son interpellation.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés supra, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de refus de départ volontaire sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
13. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet du Doubs a pris en compte la durée de séjour en France de l'intéressé, ses déclarations sur son identité et notamment le fait qu'il était sous le coup d'une précédente obligation de quitter le territoire. La circonstance que M. C ne constituerait pas une menace à l'ordre public, est sans incidence sur la légalité de cette décision, et compte tenu des éléments exposés précédemment, cette décision ne méconnait pas l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée, que la requête de M. C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Chartrelle et au préfet du Doubs.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Aisne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
G. Truy
La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026