mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MEZGHANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Mezghani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de condamner l'Etat aux dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français fait l'objet d'un recours hiérarchique puis juridictionnel devant le tribunal administratif d'Orléans ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors, d'une part, qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes en ce que son adresse de domicile est connue des services de l'Etat et qu'il est embauché par une société de transport dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er avril 2022, et, d'autre part, qu'il emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle et professionnelle en raison de l'obligation qui lui est faite de se présenter trois fois par semaine au commissariat de Creil ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est susceptible de porter atteinte à son intégrité physique et mentale.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 12 septembre 2024, des pièces au dossier.
Vu :
- la prestation de serment de Mme A, interprète en langue arabe ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :
- le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée,
- les observations de Me Mezghani, représentant M. C, assisté de Mme A, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que la mesure d'assignation à son encontre l'empêche d'exercer son activité professionnelle, ce qui le prive de revenus, et qu'il a déposé une demande d'admission à l'aide exceptionnelle ;
- les observations de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien né le 3 avril 1994, est entré sur le territoire français en 2021, sous couvert d'un visa de court-séjour valable du 17 août 2021 au 17 octobre 2021. Il a été interpelé par les services de police nationale de Creil le 24 août 2024, pour conduite sous l'emprise de stupéfiant, conduite sans permis de conduire et circulation sans assurance. Par un arrêté du 25 août 2024, la préfète de l'Oise a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par une ordonnance du 28 août 2024, le juge des libertés et de la détention près le tribunal judiciaire d'Orléans a mis fin à la rétention administrative de M. C, prononcée par la préfète de l'Oise le 25 août 2024. Par ailleurs, par un arrêté du 26 août 2024, notifié le 29 août 2024, la préfète de l'Oise a ordonné l'assignation à résidence de l'intéressé pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 26 août 2024 portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / () / Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des possibilités d'assignation à résidence et de placement en rétention prévues au présent livre ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Et aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l'administration pouvait légalement, eu égard aux conditions prévues à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre d'un étranger et de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix des modalités de cette mesure. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Par ailleurs, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
6. Premièrement, s'il résulte de la combinaison des dispositions citées au point 3 du présent jugement que si le recours juridictionnel est suspensif de la mesure d'éloignement et qu'il ne peut ainsi être procédé à l'éloignement effectif de l'étranger avant que le juge saisi ne statue, la seule circonstance qu'un tel recours soit pendant ne fait pas obstacle à ce qu'il fasse l'objet de la mesure d'exécution forcée que constitue l'assignation à résidence. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'assignation à résidence compte tenu des recours hiérarchique et juridictionnel précédemment introduits à l'encontre de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
7. Deuxièmement, l'attaqué assigne l'intéressé à Creil, lui fait obligation de se présenter au commissariat de police de Creil, sis 8 rue Jules Michelet, les lundi, mardi et vendredi matins et lui interdit de quitter le département de l'Oise sans autorisation pendant une durée de quarante-cinq jours. La circonstance que M. C dispose de garanties de représentation suffisantes, à la supposer même alléguée, est sans incidence sur la légalité de l'assignation à résidence dont il fait l'objet, qui pouvait être édictée à son encontre, en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. En outre, si M. C fait valoir qu'il exerce une activité professionnelle dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée signé le 1er avril 2022, il ne démontre toutefois pas de façon suffisamment probante, par la seule production de ce contrat dépourvu de toutes précisions quant à ses jours, lieux et horaires de travail précis et de trois bulletins de paie pour les mois d'avril à juin 2024 l'impossibilité de respecter les modalités d'exécution de son assignation à résidence telles que rappelées ci- dessus. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué fasse obstacle à la poursuite par M. C de son activité professionnelle. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence serait disproportionné et d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
8. Troisièmement, si le requérant soutient que l'arrêté litigieux peut aboutir à des visites domiciliaires pour en assurer le contrôle, il ne l'établit pas, alors même qu'une telle mesure ne relève pas des modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'assignation à résidence dont il fait l'objet. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué porte atteinte à sa vie privée et familiale doit être écarté.
9. En dernier lieu, si M. C soutient que la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet est susceptible de porter atteinte, dans son exécution, à son intégrité physique et mentale, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, un tel moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Oise du 26 août 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles relatives aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
J. PARISILa greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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