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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403539

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403539

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. D A B, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de la Somme du 5 mai 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé, en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également écarté le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, considérant que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant, compte tenu de ses attaches en Tunisie et de ses antécédents judiciaires. La solution retenue est le rejet de la requête, fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention franco-tunisienne du 17 mars 1988.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 4 septembre 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a transmis à la présidente du tribunal administratif d'Amiens la requête de M. D A B enregistrée, le 6 mai 2024, au greffe du tribunal administratif de Lille.

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024 au greffe du tribunal administratif d'Amiens, M. D A B, assisté de Me Chartrelle, avocate de permanence, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a prononcé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- ce refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Somme a communiqué des pièces les 7 et 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-tunisienne du 17 mars 1988 modifiée ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- le code des relations entre le public et l'administration.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, magistrat désigné, pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Chartrelle laquelle précise avoir été dans l'impossibilité de joindre son client du fait d'une assignation à résidence dans une localité de l'Oise, sans autres précisions.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A B, ressortissant tunisien né le 9 janvier 2004, est entré en France courant 2019 selon ses déclarations. Il a fait l'objet de plusieurs refus de titre et obligations de quitter le territoire français en date des 7 octobre 2022, 11 juin et 22 août 2023 et 12 mars 2024 auxquels il n'a pas déféré. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme, à la suite de son interpellation, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En particulier, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

3. L'arrêté attaqué du 5 mai 2024 mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, au demeurant, de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-tunisien et développe les motifs retenus au soutien de la décision en litige. A cet égard, le préfet de la Somme, après avoir mentionné les éléments constituant la situation personnelle de M. A B a indiqué, au visa du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que ce dernier se maintient sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en cause, qui n'est pas rédigée de façon stéréotypée, ne peut qu'être écarté.

4. M. A B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y vit depuis 2019 alors qu'il n'avait alors moins de 15 ans. Toutefois, la seule durée de présence sur le territoire n'induit pas, par elle-même, l'existence d'une vie privée et familiale au sens des stipulations précitées. En effet, il est célibataire et sans enfants. Par ailleurs, il ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine. Ainsi le requérant, qui a déjà fait l'objet de multiples interpellations pour vol et recel de biens, détention et usage de stupéfiants, circulation sans assurance, refus d'obtempérer et s'est soustrait à plusieurs obligation de quitter le territoire prises à son encontre a pu être considéré comme une menace à l'ordre public dans une situation où la durée ininterrompue de son séjour en France n'est ni soutenue ni établie. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Somme aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans doit être écarté ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à Me Chartrelle et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. Truy

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 24035839

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