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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403545

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403545

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP SAIDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 12 septembre 2024, M. B C et M. A C, représentés par Me Wacquier, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les arrêtés du 6 septembre 2024 par lesquels le ministre de l'intérieur et des Outre-Mer leur a refusé l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer de leur délivrer un visa de régularisation de huit jours leur permettant de solliciter la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile.

Ils soutiennent que :

- ils n'ont pu correctement exposés leur situation auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides compte-tenu de la piètre qualité de l'interprétariat ;

- ils encourent des risques graves en cas de retour en Russie où ils craignent d'être enrôlés de force dans les forces armées tchéchènes et déployés en Ukraine et c'est-à-tort que le ministre de l'intérieur et des Outre-Mer a considéré leurs demandes d'asile manifestement infondées en application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par MM. C ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Pierre, première conseillère, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Pierre ;

- les observations de Me Wacquier, avocat commis d'office, représentant MM. C qui étaient assistés de Mme D, interprète, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C et M. A C, ressortissants russes, nés respectivement les 15 décembre 1991 et 23 avril 2005, ont fait l'objet de décisions de refus d'entrée sur le territoire français le 4 septembre 2024 et ont été placés en zone d'attente où ils ont formulé une demande d'asile. Après consultation de l'Office français de protection des étrangers et apatrides, ils ont fait chacun l'objet d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile le 6 septembre 2024 dont ils demandent l'annulation par la présente requête.

2. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : ()/ 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves ". Il résulte de ces dispositions que la demande d'asile présentée par un étranger se présentant aux frontières du territoire national peut être rejetée lorsque ses déclarations et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées par l'intéressé au titre du 2° du A de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés ou de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la protection subsidiaire.

3. D'une part, les comptes-rendus des entretiens du 6 septembre 2024 ne révèlent aucune difficulté de compréhension des questions posées à MM. C par le truchement de deux interprètes différents et démontrent qu'ils ont été mis en mesure d'exposer leurs situations de manière suffisamment précise et approfondie pour permettre à l'administration de se prononcer au regard de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure à raison des conditions d'interprétariat lors de l'entretien conduit par l'Office français de protection des étrangers et apatrides doit être écarté.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de leurs demandes d'asile, MM. C exposent craindre un enrôlement forcé dans les forces armées tchéchènes pour être déployés en Ukraine après que M. B C, sportif de haut niveau en Tchétchénie, ait refusé de combattre au sein de la ligue sportive " Absolute champion Akhmat " et ait été accusé par les autorités tchéchènes d'avoir, en 2015, volontairement perdu un combat contre un adversaire d'une autre ligue, ce qui aurait entrainé des arrestations et persécutions concernant également son frère cadet. Leur mère ayant récemment reçu la visite d'hommes en tenue civile exposant disposer d'un emploi pour M. B C, et craignant, ainsi qu'il a été dit, un enrôlement forcé, ils ont quitté le territoire russe pour rejoindre en France leur sœur.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des comptes-rendus des entretiens du 6 septembre 2024 que MM. C n'ont livré que des indications élusives ou inconsistantes quant à leurs parcours en Tchétchénie depuis 2017, date à laquelle M. B C aurait commencé de subir des représailles de la part de personnes en lien avec le gouvernement tchéchène à la suite d'une défaite sportive survenue en 2015. Ce dernier n'a, par ailleurs, donné aucun élément précis quant aux modalités selon lesquelles il aurait refusé de combattre au sein de la ligue sportive " Absolute champion Akhmat " alors qu'il indique pourtant avoir disputé son dernier championnat sous les couleurs de cette ligue. En outre, MM. C n'ont pu évoquer qu'en des termes très généraux et succincts, leur crainte d'enrôlement dans l'armée russe sans fournir aucun élément circonstancié, personnalisé ou convaincant susceptible de laisser croire qu'ils pourraient personnellement être la cible de tels recrutements.

6. Dans ces conditions, en estimant, par ses décisions du 6 septembre 2024, que les demandes d'asile de MM. C étaient manifestement infondées et en refusant en conséquence leur entrée sur le territoire français au titre de l'asile, le ministre de l'intérieur et des Outre-Mer n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête présentée par MM. C doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par MM. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et M. A C et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A-L Pierre

Le greffier,

Signé

P. Vromaine

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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