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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403564

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403564

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBERREBI-WIZMAN JOHANNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Berrebi-Wizman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a ordonné la remise de son passeport ou de tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police et sa présentation au commissariat de police de Soissons deux fois par semaine et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de conjoint de français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que le préfet de l'Aisne a considéré qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside sur le territoire français avec son épouse et ses enfants.

Par des mémoires en défense enregistrés les 30 septembre et 14 octobre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Wavelet, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 1er juin 1992, est entré en France le 18 janvier 2021 muni d'un visa court séjour délivré par les autorités françaises. Le 20 avril 2024, M. B a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 août 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a ordonné la remise de son passeport ou de tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police et sa présentation au commissariat de police de Soissons deux fois par semaine et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. En soutenant que c'est à tort que le préfet de l'Aisne a considéré qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français, M. B doit être regardé comme soutenant que l'arrêté attaqué, qui repose sur la circonstance que l'intéressé est entré en France irrégulièrement le 18 janvier 2021 sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles, est fondé sur une circonstance de fait matériellement inexacte. Il ressort des mentions apposées sur le passeport du requérant que ce dernier est entré sur le territoire français le 18 janvier 2021 muni d'un visa court séjour délivré le 8 janvier 2021 par les autorités françaises et valable du 11 janvier au 11 avril 2021. Dans ces conditions, en considérant que M. B est entré irrégulièrement en France muni d'un visa délivré par les autorités espagnoles, alors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un visa délivré par les autorités françaises, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne a commis une erreur de fait.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du préfet de l'Aisne du 19 août 2024 doit être annulé.

5. L'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète de l'Aisne réexamine la demande présentée par M. B. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 août 2024 du préfet de l'Aisne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aisne de réexaminer la demande présentée par M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Wavelet, premier conseiller,

- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. Wavelet

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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