mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ZOURRAGA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, M. B D, représenté par Me Zourraga, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas établi que la signataire de cette décision bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait, dès lors qu'elle est stéréotypée et ne prend pas en considération certains éléments de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de l'Aisne le 12 septembre 2023 ;
- pour les mêmes raisons, la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas établi que la signataire de cette décision bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait, dès lors qu'elle ne tient pas compte des critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Un mémoire, enregistré le 4 décembre 2024, a été présenté par le préfet de Seine-et-Marne après la clôture de l'instruction intervenue en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Harang, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant tunisien né le 9 juin 1992, déclare être entré en France le 7 novembre 2019. Par un arrêté du 21 août 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et faisant interdiction de retour sur le territoire français ont été signées par Mme C A, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de Seine-et-Marne, laquelle disposait à cette fin d'une délégation de signature du préfet de Seine-et-Marne en date du 26 septembre 2023 régulièrement publiée le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture.
3. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et faisant interdiction de retour sur le territoire français, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. D, énoncent avec une précision suffisante les circonstances de fait sur lesquelles elles se fondent et ne présentent aucun caractère stéréotypé, de sorte que l'intéressé, à leur seule lecture, a été mis à même d'en connaître les motifs et, le cas échéant, de les contester utilement. À cet égard, la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français comporte plus particulièrement des éléments relatifs à la durée de sa présence sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et à la circonstance qu'il n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, de sorte qu'elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () ".
5. M. D ne saurait utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette décision est uniquement fondée sur le 1° de cet article.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
7. En se bornant à soutenir qu'il a déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de l'Aisne le 12 septembre 2023, M. D ne conteste pas utilement être dépourvu de garanties de représentation suffisantes en raison de l'impossibilité dans laquelle il se trouve de présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, de sorte qu'il peut être regardé, en l'absence de circonstance particulière susceptible d'y faire obstacle, comme présentant un risque de soustraction à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Ce motif justifiant à lui seul la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, M. D n'est, dès lors, pas fondé à en demander l'annulation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- M. Lapaquette, premier conseiller,
- M. Harang, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HarangLe président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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