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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403581

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403581

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantWERBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 18 septembre 2024, M. A B, représenté Me Werba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sako, conseillère,

- et les observations de Me Werba, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant bangladais né le 24 janvier 2004, entré en France en 2019 selon ses déclarations, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Aisne le 12 septembre 2019, à l'âge de quinze ans et sept mois. L'intéressé, qui s'est vu délivrer en janvier 2023 un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", en a sollicité le renouvellement le 22 février 2024. Par un arrêté du 22 juillet 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux :

2. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, l'arrêté litigieux a été signé par M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, qui a reçu une délégation de signature du préfet de ce département par arrêté du 13 septembre 2023, visé dans la décision litigieuse, à l'effet de signer les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens communs à plusieurs décisions :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, compte tenu des dispositions sur le fondement desquelles l'intéressé a présenté sa demande de titre de séjour, et détaille la situation de M. B par des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'un défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Aisne n'aurait pas procédé à un examen personnalisé de la situation du requérant. Le moyen soulevé à cet égard doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, pour soutenir que le préfet de l'Aisne aurait entaché ses décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation, M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2019, qu'il y justifie d'une insertion professionnelle ancienne et réussie, et qu'il exerce l'emploi d'aide cuisinier pour lequel il perçoit un salaire de 1 858 euros. Compte tenu toutefois de l'entrée relativement récente de l'intéressé sur le territoire, de la circonstance qu'il est célibataire, sans enfants et qu'il ne justifie pas ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il n'est pas contesté qu'il s'est rendu en 2023, le préfet de l'Aisne a pu édicter les décisions litigieuses sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées par son conseil sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ces dernières.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Sako

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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