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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403597

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403597

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, dès lors que son fils aîné est né sur le territoire français ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il dispose d'attaches familiales importantes sur le territoire français, notamment ses trois enfants et la mère de ceux-ci avec laquelle il est en couple ;

- pour les mêmes raisons, et eu égard à la scolarisation de son fils aîné sur le territoire français, il méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Harang, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 12 janvier 1980, déclare être entré sur le territoire français le 27 mai 2023. Le 2 mai 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 août 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. D'une part, si M. A, qui n'est entré sur le territoire français que récemment au cours de l'année 2023, vit maritalement avec une compatriote avec laquelle il a eu trois enfants, dont deux jumeaux, nés les 27 novembre 2017 et 8 mars 2024, cette dernière est en situation irrégulière et a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 27 janvier 2022. D'autre part, si l'arrêté attaqué indique à tort que le fils aîné de l'intéressé est né en dehors du territoire français, cette erreur matérielle est en tout état de cause sans incidence sur sa légalité, dès lors qu'étant mineur et de nationalité congolaise, il a vocation, tout comme ses frère et sœur, à accompagner ses parents en cas de retour dans leur pays d'origine. Par ailleurs, si M. A se prévaut également de la présence des membres de sa famille ainsi que de celle de sa compagne, lesquels résideraient de manière régulière sur le territoire français, cette circonstance n'est pas établie en l'absence de démonstration des liens de parenté dont il se prévaut. En tout état de cause, il ne justifie pas de la nécessité de leur présence à ses côtés. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations précitées.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, et dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi que la présence de membres de la famille du requérant ou de sa compagne auprès de leurs enfants présenterait un caractère indispensable et, d'autre part, qu'il ne démontre ni même n'allègue que leur scolarité, qui n'a au demeurant pas encore débuté pour deux d'entre eux, ne pourrait se poursuivre en cas de retour dans leur pays d'origine, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

J. Harang

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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