jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403620 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BOUTERFIF |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 13 septembre 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête de M. C F.
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 24 septembre 2024, M. F, représenté par Me Bouterfif, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son avocate, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été pris par une autorité incompétente ;
- ces arrêtés sont insuffisamment motivés ;
- ces arrêtés ont été pris au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu consacré par le droit de l'Union européenne ;
- ces arrêtés sont entachés d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- ces arrêtés sont entachés d'une erreur de droit ;
- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français est illégal dès lors qu'il pouvait disposer de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les arrêtés attaqués méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît le 1er paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est disproportionnée ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire français est disproportionnée ;
- l'arrêté l'assignant à résidence est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête n'est pas recevable dès lors qu'elle ne présente pas de conclusions en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Richard pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Bouterfif, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que le préfet de la Somme ne pouvait fonder l'arrêté obligeant M. F à quitter le territoire français sur des infractions ayant donné lieu à de simples interpellations qui n'ont pas été suivies de condamnations, sans méconnaître la présomption d'innocence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 26 juin 1983 à Kinshasa, est entré en France le 20 juillet 2015, selon ses déclarations. Suite à un contrôle de police du 7 septembre 2024, le préfet de la Somme, par un arrêté du même jour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de séjour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par ailleurs, par un arrêté du 12 septembre 2024, le préfet de la Somme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. M. F demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
" Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité de l'arrêté obligeant M. F à quitter le territoire français et l'interdisant de retour sur le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme D E,
sous-préfète de Péronne, laquelle disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet en date du 15 janvier 2024 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision obligeant M. F à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que le préfet a pris en compte. Par ailleurs, en visant l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant que M. F était ressortissant de la République démocratique du Congo et n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. En outre, la décision refusant à M. F le bénéfice d'un délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 et précise les éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé que le préfet a pris en considération. Enfin, la décision interdisant M. F de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la date d'entrée sur le territoire français du requérant, la nature de ses attaches en France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet de mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées et les raisons pour lesquelles son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
7. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
8. Il ressort du procès-verbal du 7 septembre 2024 que lors de son audition par les services de police, M. F été invité à présenter des observations sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions pouvant accompagner cette décision, y compris celle l'assignant à résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement doit être écarté.
9. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. F n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.
10. En cinquième lieu, en se bornant à invoquer une erreur de droit, M. F n'assortit pas des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé ce moyen qui doit dès lors être écarté.
11. En sixième lieu, si le préfet de la Somme s'est fondé, pour prendre l'arrêté attaqué, sur des infractions ayant donné lieu à des interpellations qui n'ont pas été suivies de condamnations, les faits à l'origine de ces interpellations ne sont pas sérieusement contestés par M. F. Dans ces conditions, le préfet a pu les prendre en considération sans méconnaitre la présomption d'innocence et sans commettre d'erreur de fait ou de droit. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Somme aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur lesdits faits.
12. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. F déclare être entré sur le territoire français le 20 juillet 2015 où il vivrait en concubinage avec une ressortissante française dont il a eu quatre enfants nés en 2017, 2019, 2022 et 2024 et où résideraient plusieurs membres de sa famille. Toutefois, M. F, qui est père de deux autres enfants de nationalité congolaise dont un serait majeur et décédé, n'établit par les pièces qu'il produit ni la réalité de ce concubinage ni sa participation à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Par ailleurs, en sus d'interpellations par les forces de l'ordre, l'intéressé a fait l'objet de condamnations pénales de 2017 à 2019 incluant notamment des peines d'emprisonnement pour violence sur la ressortissante française qu'il présente comme sa compagne et dont il a été interdit d'approcher le domicile pour une durée de deux ans le 9 avril 2018. De plus, M. F a fait l'objet de mesures d'éloignement des 2 novembre 2017, 10 septembre 2019, 6 octobre 2020 et 22 septembre 2021, confirmées devant les juridictions administratives devant lesquelles elles ont été contestées, qu'il n'a pas exécutées. En outre, M. F n'établit pas exercer d'activité professionnelle ou suivre de formation sur le territoire français. Enfin, l'intéressé n'établit pas ne plus disposer d'attache dans son pays d'origine où il a vécu jusque l'âge de trente-deux ans. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n'a pas porté une atteinte qui ne serait pas nécessaire et proportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de
M. F en prenant l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
14. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
15. Ainsi qu'il a été dit, M. F n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants résidant en France. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté obligeant l'intéressé à quitter le territoire français serait illégal au motif que M. F pouvait disposer de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
16. En neuvième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
17. Eu égard à la situation de M. F telle que décrite au point 13, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.
18. En dixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
19. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. F serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors que, par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations citées au point précédent.
20. En onzième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article
L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5°) L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
21. Compte tenu de la situation de M. F telle qu'elle a été décrite au point 13, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Somme aurait méconnu les dispositions citées au point précédent en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
22. En douzième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
23. Compte tenu de la situation de M. F telle qu'elle a été décrite au point 13, le préfet de la Somme n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée de trois ans.
24. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et l'interdisant de retour sur le territoire français.
Sur la légalité de l'arrêté assignant M. F à résidence :
25. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme B A, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de la Somme, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet en date du 15 janvier 2024 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
27. L'arrêté assignant M. F à résidence vise le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé. Il comporte dès lors les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.
28. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F ait été privé de la possibilité de faire valoir de nouveaux éléments de nature à aboutir à l'adoption de mesures différentes de celles contenues dans l'arrêté attaqué ou que l'intéressé disposait d'éléments à communiquer de nature à modifier le sens des mesures en litige. Dans ces conditions, eu égard à ce qui a été dit aux points 6 à 8, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement doit être écarté.
29. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. F n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.
30. En cinquième lieu, en se bornant à invoquer une erreur de droit, M. F n'assortit pas des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé ce moyen qui doit dès lors être écarté.
31. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
32. D'une part, si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et, notamment, préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. D'autre part, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
33. L'arrêté attaqué assigne M. F à la résidence d'Amiens qu'il a déclarée de 14 heures à 17 heures, lui fait obligation de se présenter au commissariat de police de la ville sis rue du marché Lanselles les lundis, mercredis et jeudis à 9 heures, et lui interdit de quitter le département de la Somme sans autorisation, pour une durée de 45 jours. Eu égard à ce qui a été dit au point 13, M. F, qui n'établit ni avoir d'autres impératifs aux heures durant lesquelles il doit se présenter au commissariat ou demeurer à résidence ni ne pouvoir demeurer dans son département de résidence, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence serait disproportionné et méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
34. En septième lieu, à le supposer opérant et eu égard à la situation de M. F, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
35. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 23 que M. F n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français.
36. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de
non-recevoir opposée en défense, que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à
Me Bouterfif et au préfet de la Somme.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. Richard
La greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2403620
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026