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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403675

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403675

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantVERDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Verdier, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 septembre 2024 par laquelle le président de l'université de Picardie Jules Verne a refusé de l'admettre en première année de master psychologie mention " neuropsychologie clinique et intégrative " ;

2°) d'enjoindre au président de l'université de Picardie Jules Verne de procéder à son inscription, à titre provisoire, en première année de master psychologie mention " neuropsychologie clinique et intégrative ", dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que la décision contestée a pour conséquence de la priver de la possibilité de poursuivre ses études en début d'année universitaire et de faire obstacle à la réalisation de son projet professionnel ; en outre, eu égard à la date de la rentrée universitaire, elle ne pourra obtenir une décision de fond à temps ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que :

* celle-ci méconnaît les dispositions de l'article R. 612-36-3 du code de l'éducation ; d'une part, l'aide à la poursuite des études prévues par ces dispositions n'est qu'une faculté ; d'autre part, il n'y a aucune obligation de résultat pour le rectorat ; en tout état de cause, elle a déjà saisi le recteur à ce titre ;

* elle est entachée d'un défaut de base légale, étant précisé qu'il appartient à l'université de rapporter les preuves de l'existence d'une délibération de son conseil d'administration entrée en vigueur conformément à l'article L. 719-7 du code de l'éducation.

La requête a été communiquée à l'université de Picardie Jules Verne, qui n'a pas produit d'observations.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024.

Vu :

- la requête n° 2403764, enregistrée le 18 septembre 2024, par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lebdiri, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 17 octobre 2024 à 16 heures 15.

Le rapport de M. Lebdiri, juge des référés, a été entendu, en présence de Mme Wrobel, greffière d'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Après s'être vu décerner une licence de sciences humaines et sociales mention " psychologie " et une licence de sciences humaines et sociales mention " sciences de l'éducation et de la formation ", Mme A a présenté, sur la plateforme nationale des masters, vingt-deux demandes d'admission en première année de master pour l'année universitaire 2024-2025. Par décision du 4 juin 2024, le président de l'université de Picardie Jules Verne a refusé de l'admettre en première année de master de psychologie mention " neuropsychologie clinique et intégrative ". Par ordonnance n° 2403130 du 16 août 2024, le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens a suspendu l'exécution de cette décision, au motif que le moyen tiré de ce que la décision attaquée était entachée d'un défaut de base légale était propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Le juge des référés, saisi de conclusions en ce sens, a enjoint à l'université de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de sa décision. Par décision du 4 septembre 2024, au terme de ce réexamen, le président de l'université a de nouveau refusé de faire droit à la demande de l'intéressée. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. La décision attaquée du 14 septembre 2024 par laquelle le président de l'université de Picardie Jules Verne a refusé d'admettre Mme A en première année de master psychologie mention " neuropsychologie clinique et intégrative " au titre de l'année universitaire 2024-2025 a pour conséquence de faire obstacle à la poursuite de ses études dans une formation qui correspond à son parcours universitaire et à son projet professionnel. Dans ces conditions, compte tenu de la date de la rentrée universitaire et des effets de la décision en litige sur la situation de Mme A, dont toutes les demandes d'admission en première année de master ont été rejetées et qui ne s'est vu proposer aucune affectation par le rectorat, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article R. 612-36-3 du code de l'éducation : " 1. - Un étudiant titulaire du diplôme national de licence qui, au titre d'une année universitaire, n'a reçu aucune réponse positive à ses demandes d'admission en première année d'une formation conduisant au diplôme national de master peut saisir le recteur de la région académique dans laquelle il a obtenu son diplôme national de licence en vue de la mise en œuvre du troisième alinéa de l'article L. 612-6. A la condition qu'il existe au moins deux universités dans cette région, l'étudiant doit justifier que ces demandes d'admission sont au moins au nombre de cinq, qu'elles portent sur des mentions définies par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur comme compatibles avec la mention du diplôme national de licence qu'il a. obtenu, qu'elles concernent au moins deux mentions de master distinctes et qu'elles ont été adressées à au moins deux établissements d'enseignement supérieur. () /. Le recteur de région académique présente à l'étudiant qui remplit les conditions de saisine, après accord des chefs d'établissement concernés, au moins trois propositions d'admission dans une formation conduisant au diplôme national de master. Ces propositions tiennent compte du projet personnel et professionnel de l'étudiant, de l'offre de formation existante, des capacités d'accueil telles que définies à l'article L. 612-6 et de la compatibilité de la mention du diplôme national de licence obtenu par l'étudiant avec les mentions de master existantes, telle que définie par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur. Le recteur de région académique veille à ce que l'une au moins des trois propositions d'inscription faites à l'étudiant concerne l'établissement dans lequel il a obtenu sa licence lorsque l'offre de formation dans cet établissement le permet et, à défaut, un établissement de la région académique dans laquelle l'étudiant a obtenu sa licence () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étudiant titulaire du diplôme national de licence qui, au titre d'une année universitaire, n'a reçu aucune réponse positive à ses demandes d'admission en première année d'une formation conduisant au diplôme national de master a seulement la faculté, et non l'obligation, de saisir le recteur de la région académique dans laquelle il a obtenu son diplôme national de licence en vue de se voir proposer, après accord des chefs d'établissement concernés, au moins trois propositions d'admission dans une formation conduisant au diplôme national de master.

7. Dans le cadre du réexamen prescrit par l'ordonnance susmentionnée du juge des référés du tribunal administratif d'Amiens, le président de l'université de Picardie Jules Verne s'est borné à indiquer à Mme A qu'elle devait " en premier lieu déposer un recours auprès du recteur académique, tel que le prévoit l'article R. 612-36-3 du code de l'éducation ", sans statuer de façon formelle sur la situation de la requérante. Toutefois, outre que cette dernière avait saisi le recteur à cet effet au cours de l'été et qu'il lui avait été accusé réception de son dossier de saisine par un courriel du 1er août 2024, le président de l'université ne pouvait légalement subordonner le réexamen de la demande de Mme A à la condition qu'elle fasse usage de la procédure prévue à l'article R. 612-36-3 du code de l'éducation.

8. Ainsi, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 612-36-3 du code de l'éducation est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions exigées par l'article

L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 14 septembre 2024 jusqu'à ce que le tribunal statue sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au président de l'université de Picardie Jules Verne d'admettre, à titre provisoire, Mme A en première année de master psychologie mention " neuropsychologie clinique et intégrative ", qui correspond à son parcours d'études, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

11. Dès lors que Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de

2 000 euros, à verser au conseil de Mme A, sous réserve que celui-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du président de l'université de Picardie Jules Verne du 14 septembre 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au président de l'université de Picardie Jules Verne, à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond, d'admettre Mme A en première année de master psychologie mention " neuropsychologie clinique et intégrative " au titre de l'année universitaire 2024-2025, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Verdier la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à l'université de Picardie Jules Verne.

Fait à Amiens, le 29 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé :

S. Lebdiri

La greffière

Signé :

N. Wrobel

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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