lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2403691 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | KATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 septembre et 25 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Kati, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au profit de son épouse Mme D B ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, subsidiairement de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la somme de 2000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est séparé de son épouse et que Mme B est contrainte de résider en Afghanistan où la situation faite aux femmes a été reconnue par la grande formation de la cour nationale du droit d'asile comme permettant de leur reconnaître la qualité de réfugiées ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'administration a procédé à l'enquête prévue par l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant ;
- il réunit les conditions de ressources et de logement pour que le regroupement familial lui soit accordé ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est mal dirigée dès lors que l'instruction de la demande de regroupement familial ne ressortit pas de sa compétence territoriale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2403710, enregistrée le 20 septembre 2024, par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 11 octobre 2024 à 9 heures 30 minutes.
Après avoir lu son rapport et entendu au cours de l'audience publique en présence de Mme Grare, greffière d'audience :
- les observations orales de Me Niang, représentant M. A.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant afghan, a déposé une demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme D B, également de nationalité afghane, le 15 mars 2023. Le couple est marié depuis le 20 novembre 2021.
M. A est entré en France en 2017 et a obtenu le statut de réfugié politique. Il dispose d'une carte de résident valable jusqu'en 2033. Il n'a été accusé réception de sa demande que le 15 novembre 2023. Il est né du silence gardé par l'administration sur cette demande, une décision implicite de rejet, le 15 mai 2024, en application de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas contesté que Mme B réside en Afghanistan. Elle fait donc partie du groupe social des femmes afghanes pour lequel des craintes de persécution en raison de son sexe sont fondées et qui peuvent prétendre au statut de réfugiées en France. Compte tenu de la durée de séparation du couple imposée par les délais d'instruction de la demande de regroupement et des menaces pour l'intégrité et la sécurité de l'épouse de M. A, et enfin de l'état de santé psychique du requérant induit par cette attente, il y a lieu de considérer que la condition d'urgence à statuer sur la demande de suspension de la décision attaquée est satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
4. Pour soutenir qu'il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, le requérant fait valoir en premier lieu que cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'administration a procédé à l'enquête prévue par l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en deuxième lieu, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant ; en troisième lieu que le requérant réunit les conditions de ressources et de logement pour que le regroupement familial lui soit accordé ; en quatrième lieu que la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de l'instruction que durant l'année précédant l'enregistrement de sa demande, M. A, désormais titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, a perçu un revenu mensuel moyen quasi égal au SMIC et que ce revenu mensuel a dépassé ce seuil après cette période, ce dont le préfet peut tenir compte pour l'instruction de sa demande. Il résulte également des pièces produites par le requérant que celui-ci dispose d'un logement de 51 m² depuis avril 2022. La préfète de l'Oise, dans son mémoire en défense, qui se borne à soutenir que la demande est en cours d'instruction, n'a pas indiqué qu'un élément quelconque s'opposait de façon dirimante à l'octroi du regroupement familial. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant réunit les conditions pour se voir accorder le regroupement familial au profit de son épouse est de nature à créer un doute sérieux en l'état de l'instruction. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Les mesures prescrites par le juge du référé suspension ne peuvent préjudicier au principal. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de l'Oise d'accorder à M. A le regroupement familial, doivent être rejetées. En revanche, il y a lieu de faire droit aux conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète de l'Oise de réexaminer dans le délai d'un mois la demande de M. A, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur l'application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative :
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
8. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à
M. A le bénéfice du regroupement familial est suspendue jusqu'au jugement au fond de la requête n°2403710.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial de M. A dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. C A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au préfet de la Somme et à la préfète de l'Oise.
Fait à Amiens, le 14 octobre 2024,
Le juge des référés,
Signé :
B. BoutouLa greffière,
Signé :
S. Grare
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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