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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403697

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403697

lundi 3 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens (2ème chambre) a rejeté la requête de M. B, ressortissant camerounais, contestant l'arrêté préfectoral du 19 août 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le Cameroun comme pays de destination. Le tribunal a jugé que le préfet de l'Aisne n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant le titre de séjour sur le fondement des articles L. 432-1 et L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de la menace pour l'ordre public que constituait la présence de M. B, compte tenu de ses condamnations pénales pour menaces de mort, port d'arme et conduite sans permis. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes de M. B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 septembre et

2 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Zoungrana Coulibaly, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Cameroun comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'il est père de quatre enfants français, qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public et qu'il est inséré professionnellement ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie d'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

23 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code pénal ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, conseiller,

- et les observations de Me Zoungrana Coulibaly, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B ressortissant camerounais né le 26 mai 1998, déclare être entré en France le 20 avril 2018. Le 16 juin 2023, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 19 août 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Cameroun comme pays de destination.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1-1 du même code : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : () 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal () ". Enfin, aux termes de l'article 441-2 du code pénal : " Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines () ".

3. M. B se prévaut, à l'appui de son moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, de sa présence sur le territoire français depuis 2018, de sa qualité de père de quatre enfants français, de son activité professionnelle de paysagiste en tant qu'autoentrepreneur et de ce qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public. Toutefois, pour opposer un refus de titre de séjour à M. B, le préfet de l'Aisne s'est fondé, en application des dispositions de l'article L. 432-1 du code précité, sur le motif tiré de ce que l'intéressé représente une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le

11 janvier 2022 à une peine de huit mois d'emprisonnement, pour des faits de menace de mort et de port d'une arme blanche de catégorie D, et qu'il est défavorablement connu des services de police, pour des faits de conduite sans permis et sans assurance commis le 17 juillet 2021, le

18 décembre 2022, le 11 avril, le 21 mai, le 3 juin et le 4 août 2023. L'intéressé a été condamné, d'une part, le 6 juillet 2023 à une amende de 800 euros pour des faits commis le 29 mai 2023 de conduite sans permis et sans assurance et, d'autre part, le 10 octobre 2023 à une peine de 1 000 euros d'amende pour des faits de conduite sans permis et sans assurance avec usage d'un faux document commis le 3 juin 2023. Dans ces conditions, compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Aisne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie d'exception de l'annulation de la décision portant refus de séjour ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. B est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le

20 avril 2018 et s'est vu délivrer le 22 juin 2022 une carte de séjour temporaire d'un an en tant que parent d'enfant français, dont il a demandé le renouvellement le 16 juin 2023.

M. B se prévaut de sa qualité de père de quatre enfants français et de son activité professionnelle de paysagiste en tant qu'autoentrepreneur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire, ne partage aucune communauté de vie avec ses enfants nés de quatre mères différentes. Les éléments produits par le requérant ne suffisent pas à établir qu'il contribuerait à l'entretien et participerait à l'éducation d'au moins un de ses enfants. Dans ces conditions, eu égard notamment à la menace pour l'ordre public que représente la présence de

M. B sur le territoire français telle que décrite au point 3 et alors que ce dernier n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa mère, avec laquelle il entretient des contacts, et où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, le préfet de l'Aisne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé en prenant l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'établit pas contribuer à l'entretien et participer effectivement à l'éducation de ses enfants. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si M. B soutient craindre pour sa vie en cas de retour au Cameroun, il n'apporte aucun élément permettant d'établir de manière circonstanciée la réalité de ces risques. Le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte aucun élément démontrant qu'il encourrait personnellement et directement des risques de subir des traitements inhumains et dégradants au Cameroun, de sorte que rien ne s'oppose à ce qu'il retourne dans son pays d'origine. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentées par

M. B doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Demurger, présidente,

- M. Truy, premier conseiller honoraire,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

La présidente,

Signé

F. Demurger

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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