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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403699

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403699

lundi 3 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens (2ème Chambre) a rejeté la requête de M. B, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 21 août 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et lui interdisant le retour pour deux ans. Le tribunal a écarté les moyens communs, jugeant les décisions suffisamment motivées et relevant une simple erreur matérielle sur l'année de naissance sans incidence sur le fond. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, incluant les demandes d'annulation, d'injonction et de frais de justice, sans que les autres moyens soulevés (notamment au regard de l'article 8 de la CEDH et de l'article L. 435-1 du CESEDA) ne soient examinés dans l'extrait fourni.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Bentahar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Aisne de délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :

- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait dès lors qu'il est né en 1998 et non pas en 1988 ;

S'agissant du refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012, dite " circulaire Valls " ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

23 décembre 2024.

M. B, représenté par Me Bentahar, a produit un mémoire en réplique et des pièces complémentaires, enregistrés le 14 janvier 2025, après clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, conseiller ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 10 octobre 1998, est entré en France en juin 2016 selon ses déclarations. L'intéressé a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 décembre 2017 et par la Cour nationale du droit d'asile le 23 juillet 2018. Par un arrêté du 26 avril 2019, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette décision et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le 3 octobre 2022, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 août 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à

M. B vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de sa situation personnelle et professionnelle que le préfet a pris en considération. Par ailleurs, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise le 3° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en indiquant que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Côte d'Ivoire, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. La décision accordant à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire de trente jours n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en l'absence de demande par l'intéressé d'un délai plus long que celui de droit commun. Enfin, la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans vise les dispositions de l'article

L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève notamment que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, d'une part, si le préfet a entaché les décisions attaquées d'une erreur matérielle en mentionnant que M. B était né en 1988 alors que l'intéressé est né en 1998, cette erreur de plume est toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige qui relate avec précision les éléments propres à la situation personnelle de l'intéressé. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B, qui n'établit pas poursuivre une activité professionnelle à la date de l'arrêté attaqué, serait particulièrement intégré en France, ni qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Si M. B se prévaut d'une expérience professionnelle dans le domaine du BTP au sein de la société Nya Bâtiment 93 du 1er juillet 2021 au 28 février 2022 et d'une promesse d'embauche du 20 juin 2022 en qualité d'agent de nettoyage au sein de la société Niangui Severin, ces circonstances ne constituent pas, eu égard à l'absence de qualifications spécifiques de l'intéressé, aux caractéristiques de son emploi et aux autres éléments de sa situation professionnelle, un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, sur le volet salarié, au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. M. B fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis plus de huit ans à la date de la décision attaquée. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et en situation irrégulière depuis son entrée en France. Par ailleurs, si M. B se prévaut de sa qualité de joueur dans un club de football amateur, de plusieurs attestations faisant valoir son insertion dans la société française, d'une expérience professionnelle dans le domaine du BTP au sein de la société Nya Bâtiment 93 du 1er juillet 2021 au 28 février 2022 et d'une promesse d'embauche du 20 juin 2022 en qualité d'agent de nettoyage au sein de la société Niangui Severin, l'intéressé ne justifie pas de la perception de ressources, ni d'une activité professionnelle régulière depuis plus de deux ans à la date de l'arrêté attaqué, de sorte qu'il ne peut être regardé comme étant particulièrement intégré dans la société française. Enfin, si dans un mémoire en réplique produit après la clôture de l'instruction, il fait valoir sa qualité de père d'un enfant français né le 27 mai 2022, qu'il n'a reconnu que le 4 septembre 2024, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, il ne démontre pas qu'il participe à son éducation ni qu'il contribue à son entretien. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache en Côte d'Ivoire où il a vécu la majeure partie de sa vie, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il méconnaîtrait par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Aisne n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. M. B se prévaut d'une durée de séjour significative sur le territoire français et de la réalité de liens avec la France. Toutefois, l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, la décision par laquelle le préfet de l'Aisne lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans n'est pas disproportionnée ni entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence de circonstances humanitaires y faisant, en l'espèce, obstacle.

10. En second lieu, compte tenu de ce qui été dit au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentée par

M. B doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

M. Truy, premier conseiller honoraire,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

La présidente,

Signé

F. Demurger

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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