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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403797

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403797

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKATI

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 26 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé un titre de séjour à M. A, ressortissant malien, et l'a obligé à quitter le territoire. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la situation de précarité invoquée par le requérant résultait de son propre choix de ne pas exécuter la mesure d'éloignement, et non de l'arrêté contesté. En conséquence, la requête a été rejetée, y compris les conclusions accessoires, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Kati, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 26 août 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un récépissé ou tout autre document l'autorisant à séjourner et à travailler dans un délai de cinq jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le refus de délivrance d'un titre de séjour fait obstacle à la poursuite de son contrat d'apprentissage à l'issue duquel il doit être embauché en contrat à durée indéterminée, et alors que lui a été notifié la fin de sa prise en charge compter du 25 septembre 2024 par le service de l'aide sociale à l'enfance qui gère son hébergement, ce qui compromet sa situation financière et le place en situation de précarité ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose pas de rupture des liens familiaux ou de situation d'isolement en cas de retour dans son pays d'origine pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a bien été confié à l'aide sociale à l'enfance entre seize et dix-huit ans, qu'il suit une formation réelle et sérieuse, que sa structure d'accueil a émis un avis positif sur sa situation et, qu'en tout état de cause, si des membres de sa famille sont effectivement présents au Mali, les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'en font pas un critère prépondérant, ce d'autant plus qu'il n'entretient plus de relations avec eux ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il dispose de liens personnels et familiaux en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés et que sa demande de titre de séjour présente un caractère frauduleux.

Vu :

- la requête au fond de M. A enregistrée le 17 septembre 2024 sous le n° 2403696 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoqués à l'audience publique du 16 octobre 2024 à 14 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Grare, greffière d'audience :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de M. A, assisté de Me Niang, substituant Me Kati, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et arguments en les développant oralement, en insistant particulièrement sur la présence en France de ses deux frères qui séjournent en situation régulière, sur l'absence de contacts depuis son entrée en France avec sa mère et sa sœur restées au Mali et sur son implication dans sa formation en apprentissage, dont il vient d'entamer la seconde année qui conduira à la délivrance d'un certificat d'aptitude professionnelle, puis à son embauche sous contrat à durée indéterminée par son employeur sous réserve de la régularisation de sa situation.

M. A a été informé à l'audience, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le juge des référés était susceptible de soulever d'office l'irrecevabilité des conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sous trente jours et fixe le pays de renvoi, compte tenu de l'effet suspensif du recours au fond déjà introduit à l'encontre de ces décisions.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 9 décembre 2005, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Oise le 27 février 2023, à l'âge de 17 ans et a sollicité le 22 avril 2024 la délivrance d'une première carte temporaire de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 août 2024, la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision relative au séjour :

En ce qui concerne l'urgence :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Il résulte de l'instruction que M. A est inscrit, depuis novembre 2023, en préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention " cuisine " à la chambre des métiers et de l'artisanat de Compiègne, pour lequel il justifie de résultats satisfaisants et d'encouragements de la part de l'équipe pédagogique. Il a conclu, le 20 novembre 2023, un contrat d'apprentissage auprès d'une entreprise de restauration dont le terme est prévu en fin d'année scolaire 2025 et à l'issue duquel il dispose d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, sous réserve de l'obtention de son diplôme. Dans ces conditions, et alors que son employeur a expressément indiqué son intention de suspendre prochainement l'exécution de son engagement en l'absence de document autorisant son séjour et que la fin de son hébergement au titre de l'aide sociale à l'enfance lui a été notifiée à compter du 25 septembre 2024, la décision attaquée compromet à court terme la poursuite de la formation professionnelle et par là-même des conditions d'existence de M. A qui établit ainsi que cette décision porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Ainsi, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

8. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

9. Pour rejeter la demande de titre de séjour dont M. A l'a saisie sur le fondement des dispositions rappelées au point 7, la préfète de l'Oise s'est fondée sur ce que l'intéressé n'a produit que peu d'évaluations de nature à justifier du suivi réel et sérieux de sa formation et sur ce que sa situation ne présente pas un caractère exceptionnel, compte tenu des attaches familiales dont il dispose tant en France, où séjournent ses deux frères en situation régulière, que dans son pays d'origine, où résident sa mère et sa soeur mineure, et ce en dépit de l'avis favorable de la structure d'accueil sur son insertion sociale et professionnelle. Toutefois si du fait de son arrivée tardive en formation de CAP cuisine en novembre 2023, M. A n'a produit qu'un bulletin de notes complet au soutien de sa demande de titre de séjour, son bulletin du deuxième semestre relève des résultats satisfaisants et des encouragements du conseil de classe. En outre, la note du 9 avril 2024 produite par sa structure d'accueil fait état d'une personnalité volontaire et autonome ainsi que d'un comportement exemplaire et déterminé à concrétiser son projet professionnel et M. A a conclu le 9 décembre 2023 un contrat jeune majeur avec le département de l'Oise, ce qui corrobore ses efforts d'insertion. Enfin, si la mère et la sœur mineure de M. A l'ont accompagné lors de son entrée en France en 2022 avant de repartir au Mali, contrairement aux mentions du jugement de placement auprès de l'aide sociale à l'enfance selon lesquelles il est entré seul sur le territoire français, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment de la seule publication sur un réseau social, remontant au mois de septembre 2023, d'une photo de famille en mémoire de son père décédé en 2019 produite en défense, que l'intéressé conserverait pour autant des relations régulières avec elles à la date de l'arrêté attaqué, contrairement à l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur ce point. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour opposé à M. A est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

10. La préfète de l'Oise fait valoir, pour la première fois dans ses écritures en défense, que la demande de titre de séjour présentée par M. A présente un caractère frauduleux, compte tenu de la dissimulation par le requérant de ses conditions réelles d'entrée en France et que ce motif était à lui seul de nature à fonder le refus de délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, il ne ressort pas à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur lui. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de ce motif pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension demandée.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ". Compte tenu de l'effet suspensif que ces dispositions attachent au recours contentieux tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux enregistré le 17 septembre 2024 sous le n° 2403696, M. A n'est pas recevable à demander au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi contenues dans cet arrêté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est seulement fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 26 août 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il y a lieu, eu égard aux motifs de la présente ordonnance, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de délivrer à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de sa notification, un document provisoire autorisant son séjour et la poursuite de son activité professionnelle et qui sera renouvelé jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête enregistrée sous le n° 2403696. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision de la préfète de l'Oise du 26 août 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête enregistrée sous le n° 2403696.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de délivrer à M. A un document provisoire autorisant son séjour et la poursuite de son activité professionnelle, dans les conditions fixées au point 13 de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présence ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète de l'Oise et à Me Kati.

Fait à Amiens, le 30 octobre 2024.

Le juge des référés, La greffière,

Signé : Signé :

C. Binand S. Grare

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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