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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403845

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403845

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n° 2403845, M. A B, représenté par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Mali comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation individuelle ;

Sur la légalité de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- la décision attaquée n'est pas justifiée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation individuelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2024 sous le n° 2403846, M. A B, représenté par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté d'assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'arrêté d'assignation à résidence méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est excessive et disproportionnée au regard de ses garanties de représentation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par décisions du 9 octobre 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans les instances nos 2403845 et 2403846.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, conseiller, pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien, né le 24 mars 2006, déclare être entré sur le territoire français le 10 février 2022. Par un arrêté du 27 septembre 2024, dont l'intéressé demande l'annulation par une requête n° 2403845, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Mali comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, dont M. B demande l'annulation par une requête n° 2403846, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2403845 et 2403846 ont été introduites par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat () choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".

4. Par décisions du 9 octobre 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans les instances nos 2403845 et 2403846. Dès lors, il n'y a pas lieu d'admettre à titre provisoire M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat choisi ou désigné pour assister la même personne dans des litiges reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. Tel est le cas en l'espèce ainsi qu'il est dit au point 2 du présent jugement entre les instances nos 2403845 et 2403846. L'instance n° 2403846 donnera ainsi lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B se prévaut de son inscription en classe de première professionnelle logistique depuis la rentrée scolaire 2024, de sa maîtrise de la langue française et de la présence de son frère sur le territoire français. Toutefois, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie pas d'une ancienneté particulière de présence sur le territoire français, ni de la réalité et de l'intensité de liens personnels entretenus en France. Dans ces conditions, et alors que

M. B n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie, la préfète de l'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des risques de traitements inhumains ou dégradants. Par suite,

M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Si M. B soutient que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est injustifiée, il n'assortit toutefois son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, alors même que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et ne constitue pas une menace à l'ordre public, il ne justifie pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire français où il est entré récemment, ni de circonstances humanitaires. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, l'arrêté portant assignation à résidence comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

12. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

13. En troisième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 27 septembre 2024 indique que, pour une durée de quarante-cinq jours, M. B est assigné à résidence de 5h30 à 7h30 au domicile de son frère à Beauvais et qu'il doit se présenter trois fois par semaine, les lundi, mardi et vendredi matin, au commissariat de police de Beauvais. L'intéressé, qui soutient résider chez son frère au domicile duquel il est assigné à résidence, ne justifie pas avoir sollicité la préfète, de façon expresse et motivée, et s'être vu refuser par cette dernière l'autorisation de se présenter à la police à une heure différente de celle qui lui a été indiquée, compatible avec son emploi du temps scolaire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de retour et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que celles dirigées contre l'arrêté du même jour portant assignation à résidence, doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée par l'Etat à Me Nouvian au titre de la requête n° 2403846.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2403845 et 2403846 de M. A B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Nouvian et à la préfète de l'Oise.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

La greffière,

Signé

F. JOLY

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2403845 et 2403846

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